Mirinda est un travesti d’une cinquantaine d’années qui vit dans les faubourgs de Phnom Penh (Cambodge). En réalité, on devrait plutôt dire qu’il y survit, tant ses conditions d’existence sont sordides. Donc, ne pas se fier aux couleurs chaudes de l’affiche, ce que montre le film est assez moche. Et je ne parle pas que des décors, je pense aussi aux mentalités. Mirinda pense avant tout à gagner sa vie. Au crédit de Nathan Nicholovitch (le réalisateur), il ne laisse pas un instant planer le doute sur Mirinda et son activité. Un travesti certes, mais on sait (on voit) d’emblée qu’il s’agit bien d’un homme et qu’il vit en se prostituant auprès d’autres hommes. Ce qui intéresse vraiment le réalisateur, c’est bien la vie de ce travesti. Autant dire qu’à ce titre, le film est une réussite, même si ce n’est jamais spécialement agréable à observer. La performance de Patrick d’Ingeo dans le rôle de Mirinda est remarquable. Il n’en fait jamais trop, jouant de son corps décharné façon Iggy Pop, assumant sa masculinité vêtu en homme et passant pour une femme sans la moindre ostentation à l’occasion. Vu de dos et sur certains gros plans de son visage, on pourrait vraiment y croire.
Passons sur les détails du scénario (cosigné Nathan Nicholovitch, Patrick d’Ingeo et Clo Mercier), car l’ensemble est un peu brouillon. Mirinda est blanc, a priori français et il vit au Cambodge probablement depuis longtemps. On ne saura jamais comment il est venu ni pourquoi il y reste. Peut-être tout simplement parce que là-bas on ne lui demande jamais de comptes. En fait, lui pourrait en demander, puisqu’il est visiblement à l’origine d’une recherche : une française (Clo Mercier), mandatée par une organisation de type ONG cherche un ancien responsable de camp lors de la dictature khmer. Mais cette piste qui aurait donné une toute autre dimension à ce film n’est visiblement qu’un prétexte pour faire de Mirinda le personnage central du film. Peut-être aussi pour lui apporter une dimension un peu plus positive. Et probablement parce que situer une intrigue au Cambodge sans évoquer son douloureux passé serait une erreur fondamentale. Alors, Nathan Nicholovitch montre un Cambodge qui vit dans une sorte de chaos où les uns et les autres s’en sortent tant bien que mal.
Il faut dire qu’à partir d’un moment, la petite Panna (Nat Panna) se retrouve dans le sillage de Mirinda. Elle se comporte comme si Mirinda représentait une bouée de sauvetage pour elle. Pourtant, elle refuse obstinément de parler et semble très mal psychologiquement et sans doute marquée par des traitements de type sévices physiques (au point de s’automutiler sévèrement). Très logiquement, un ami de Mirinda demande à celui-ci quelle est la nature exacte de ses relations avec Panna. C’est peut-être le choc qui fera réfléchir Mirinda et lui fera comprendre qu’il peut apporter quelque chose à la fillette. Une séquence pourtant apporte une réelle sensation de malaise au spectateur :
Un soir, Mirinda tente d’étouffer Panna avec un oreiller. Mais il n’a pas le courage d’aller au bout. La suite met également très mal à l’aise, car Mirinda fait comme si c’était un jeu et Panna fera plus ou moins comme si rien ne s’était passé. D’ailleurs, lorsqu’elle parle, elle finit par dire quelque chose comme « Tous les hommes sont mauvais » pour faire comprendre que les mauvais traitements ne l’étonnent pas et comme si elle n’avait jamais connu autre chose.
Le titre ne doit donc pas se comprendre comme un hommage à Murnau (L’aurore), mais comme l’espoir d’une vie nouvelle illustrée par la scène finale de baignade.