Babylon s’ouvre sur un début in medias res tout simplement dantesque, une orgie sensorielle qui introduit parfaitement le propos de Chazelle : le cinéma est un une machine à broyer l'humain pour créer du rêve.
C'est des images plein la tête qu'on sort de cette salle, portées par une mise en scène virtuose, notamment les superbes plans-séquences virevoltants qui ouvrent et ferment le bal.
Au milieu de ce chaos, la figure de Jack Conrad (Brad Pitt) apporte une mélancolie déchirante, celle d'un monde qui s'éteint. En parallèle, l'obsession créatrice de Manny (Diego Calva) lui aura fait donner sa vie pour le cinéma... Et pour Nelly LaRoy ; incarnée par Margot Robbie qui livre une performance magnétique, habitée par une énergie électrique qui irradie chaque plan.
Que de scènes mémorables… La folie créative de la plaine, la tension tragi-comique de la première scène sonore, le serpent... jusqu’à la plongée cauchemardesque chez McKay (Tobey Maguire terrifiant) dans sa cage aux fous, qui bascule le film dans un thriller souterrain.
Quelques bémols cependant : si le thème musical de Justin Hurwitz est superbe, il finit par devenir un peu redondant à force d’être décliné à toutes les sauces. Ma plus grosse déception reste le traitement de Sidney Palmer (Jovan Adepo), dont l’intrigue et le développement semblent s'évaporer en cours de route, nous laissant un goût d'inachevé (jouait-il vraiment faux...).
Malgré quelques longueurs, l’équilibre entre moments très drôles et passages plus mélancoliques tient bien.
Babylon est un film généreux, parfois bordélique voire fatigant, mais puissant dans ce qu’il raconte. Un film qui déborde, qui ose, et qui, malgré ses défauts, laisse une vraie impression de cinéma.