Tout d’abord, une petite précision : je ne connais absolument pas l’œuvre antérieure du youtubeur Kane Parsons (ou Kane Pixels !) — oui, quand on pense à ce film et aussi à l’excellent Obsession de Curry Barker, que je recommande chaudement, il est à se demander si, en cette année 2026, le cinéma américain, dans une phase franchement assez morne créativement et financièrement, ne trouve pas son intérêt et son public — à la moyenne d’âge assez basse pour Backrooms, comme j’ai pu le constater par moi-même, car, bien que n’ayant pas encore atteint mes 40 ans, j’étais de loin le plus vieux dans la salle — dans des productions à petit budget mises en scène par de jeunes youtubeurs !). Bref, je suis venu à Backrooms complètement vierge de tout travail du réalisateur.


Ce qui retient le plus l’attention dans ce film, ce qui est pour moi le point fort de l’ensemble, ce sont les décors créés par le cinéaste et le chef décorateur Danny Vermette : uniformes par leurs murs jaunes et leur éclairage fluorescent plat, discordants par les dimensions diverses des autres éléments les composant ainsi que par leurs configurations labyrinthiques. Ces deux aspects contradictoires se complètent et rendent l’atmosphère oppressante. Il y a tout un univers visuel qui marque les yeux, pendant et bien après la projection.


Il y a un autre point fort à travers le personnage incarné par Chiwetel Ejiofor : un pauvre type alcoolique, toxique, incapable de — car ne voulant pas réellement le faire — se remettre en question, rejetant ses frustrations et ses échecs, aussi bien personnels que professionnels, sur les autres. Il va trouver, dans le monde parallèle de l’histoire, un lieu dans lequel il se complaît un peu trop à être le salaud qu’il est, à ne pas avoir la moindre inhibition (ce qu'explicite une scène très inspirée de Massacre à la tronçonneuse — qui, par ailleurs, contient aussi une référence à une toile de Goya !), créant ainsi un véritable monstre. Je ne vais pas en dire plus pour ne point trop en divulguer sur cette œuvre qui peut paraître un peu hermétique dans un premier abord.


Ceci ne fait que mieux mettre en évidence le gros point faible de l’ensemble, à savoir le personnage de la psychiatre — qui se révèle autant la protagoniste du film que l’autre personnage susmentionné. Si un personnage ne tient que par le talent de l’interprète, cela signe un échec d’écriture. Renate Reinsve a énormément de talent et de charisme, ce qui fait qu’elle arrive à le faire exister malgré tout à l’écran. Mais cela ne suffit pas du tout à combler ce défaut, bien dommageable. Pour qu’un personnage principal soit pleinement réussi, il lui faut aussi des enjeux, une véritable psychologie et une évolution dramatique — et ça, c’est le boulot du ou des scénariste(s). Et ce n’est pas deux ou trois pauvres et très brefs flashbacks sur des traumatismes d’enfance qui vont en faire un être pleinement consistant aux yeux du spectateur. Imaginez si ce personnage avait été joué par une actrice quelconque, avec un talent et un charisme très moyens : est-ce que vous en auriez eu quelque chose à foutre une seule seconde de ce qui lui arrive ? Et quand des parties bien considérables et essentielles du tout reposent sur lui, ben, cela gâche pas mal le rendu final.


Sinon, Backrooms offre, notamment lors des séquences filmées en found footage, grâce à un grain dégueulasse début années 1990 bien reconstitué (époque durant laquelle se déroule l’intrigue !), quelques montées d’angoisse. En fait, le film est admirable sur la forme. C’est sur l’écriture que ça cloche.


En résumé, le long-métrage reste une expérience visuelle marquante, susceptibles aux amateurs d’ambiances oppressantes à base de décors labyrinthiques. Par contre, pour y adhérer pleinement, il faut parvenir à fermer les yeux sur un personnage principal féminin très mal creusé. Pour ma part, je retiens surtout une impression d’un potentiel gâché par une écriture trop négligée. C'est regrettable, car il y avait un véritable potentiel pour donner un résultat fort. Ce n'est pas mauvais, mais cela aurait pu être bien meilleur.

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le 18 juin 2026

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Plume231

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