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Dead end suite
Quelque chose, peut-être, se joue en ce moment même dans les salles : les succès d’Obsession et de Backrooms voient débouler de jeunes réalisateurs ayant fait leurs armes sur YouTube, et capables,...
le 18 juin 2026
Quelque chose, peut-être, se joue en ce moment même dans les salles : les succès d’Obsession et de Backrooms voient débouler de jeunes réalisateurs ayant fait leurs armes sur YouTube, et capables, avec de bonnes idées et peu de moyens, de faire se déplacer en salle la plus jeune frange du public, qui boude l’essorage des franchises comme le dernier ersatz de Star Wars.
Backrooms part d’un postulat fascinant, phénomène viral sur internet sur les espaces liminaux, ces lieux vidés de présence humaine qu’on explore, et desquels surgit une angoisse tenace. Témoignage d’une civilisation, d’une rationalisation qui, dans cet état, n’aurait plus de fonction, et révélerait crûment l’absurdité d’une humanité avide de construire sur du vide. Kane Parsons, dans ses courts métrages en ligne, avait déjà largement exploité ces explorations en « found footage », et posé les fondations de tout ce qui retrouve dans ce long métrage où A24 prend la main, l’associant à un scénariste qui ne manquera pas de formater l’ensemble.
Toute cette dimension spatiale fonctionne à plein régime, et la reprise très fidèle des espaces originaux (et l’idée séminale de La Maison des Feuilles de Mark Z. Danielewski) prend une intense ampleur sur grand écran : ces déambulations sans fin, associées à des meubles ou accessoires fusionnés dans la masse ont tout de la matière d’un cauchemar particulièrement efficace. Le récit prend en outre soin de multiplier les signes de duplication du réel, les backrooms se présentant comme le reflet en expansion d’un extérieur d’une tristesse infinie, entre parkings, lotissements et magasins déserts, cette Amérique où le rêve bon marché se dessine sans talent ni imagination. Les influences des grands maîtres rodent, que ce soit Kubrick et sa construction des espaces mentaux, ou Lynch dans l’instillation d’une étrangeté qui semble toujours émaner des personnages eux-mêmes, et il faut bien reconnaître que le très jeune Kane Parsons s’en sort plutôt bien dans le travail sur les cadrages, la fluidité des séquences et la direction artistique générale.
Cette fascination est évidemment à double tranchant. Dans cette découverte des corridors et lieux vides, le plus excitant réside dans le point de fuite : sans cesse, une issue se présente : un couloir, un angle, une trappe, une ouverture. Une promesse de destination, mais aussi, et surtout, un vertige croissant sur l’impossibilité rationnelle qu’un tel lieu puisse exister, et l’inquiétude tenace de ce que nous pourront trouver dans ces recoins obscurs. Les vidéos à l’ancienne ajoutent à cette étrangeté, surtout lorsqu’elles semblent émaner d’un organisme qui tenterait lui aussi de circonscrire le phénomène, renvoyant aux longues promesses énigmatiques de la Dharma Initative de la série Lost. Mais Hollywood ne peut s’empêcher d’apporter une lumière au bout du tunnel, et de, selon lui, récompenser le spectateur en lui fournissant des explications.
Dès le départ, les lourdeurs psychologiques (le personnage est un architecte, la psy incite à trouver un chemin et ouvrir une fenêtre, les flash-backs…) posent les pavés de la résolution, et lestent un récit qui devra systématiquement, par des tunnels de dialogues effroyables, motiver les comportements et mettre en lumière des entités qui, auparavant inquiétantes, deviendront grotesques.
Si l’atmosphère n’est pas totalement dévoyée (à l’image de ce très beau palimpseste d’une maison d’enfance dupliquée vers les abîmes de l’inconscient), le mal est fait, et l’expérience gâchée. Était-ce évitable ? Là est la véritable question : la liberté expérimentale d’une vidéo virale tient à son format et son mode de diffusion, que ne pourrait se permettre la distribution plus conventionnelle d’un long métrage, qui lorgne déjà vers des suites qui ne présagent rien de bon. Ou comment enfermer la splendeur délétère des espaces liminaires dans une impasse.
(5.5/10)
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le 18 juin 2026
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