Bacurau no Mapa (Bacurau sur la carte) est un objet filmique périphérique, moyen métrage (d’une heure) qui ne peut être jugé ni comme un film autonome, ni comme un essai documentaire. Décevant toute attente de développement ou d’analyse, il peut apparaitre comme un simple making-of de Bacurau, sorti la même année. Comme tel, il est au demeurant très réussi, par l’attention portée aux personnes, dont le nom et la fonction sont indiqués lorsqu’elles apparaissent à l’écran, inscrivant le tournage dans une réalité humaine et collective.
Il est cependant plus que ça : son titre seul rappelle l’enjeu de Bacurau, qui racontait comment un village était rayé de la carte. Bacurau, village fictif, n’existe pas dans la réalité : mais c’est comme si, précisément, le documentaire lui donnait une forme de réalité. L’action fictionnelle elle-même semble gagner en réalité, comme en témoigne ce beau montage qui fait se succéder les applaudissements des spectateurs d’une salle de Neuchâtel à la mort des méchants et les applaudissements de l’équipe du plateau au tournage de la scène.
Le titre, Bacurau no Mapa, reste pourtant énigmatique : le documentaire ne remet pas Bacurau sur une carte. Il agit plutôt comme une question laissée ouverte : celle du passage d’un village fictif à une forme de réalité, non pas géographique, mais sociale et symbolique.