Bacurau est le troisième long-métrage de fiction que réalise Kleber Mendonça Filho, cette fois avec Juliano Dornelles (qui a déjà collaboré à plusieurs de ses films). Par rapport à Aquarius, on change d’échelle sans changyer de cible : c’est le récit d’une résistance collective. Le film se situe dans un village reculé du sertão brésilien, Bacurau, dont la matriarche Carmelita s’est éteinte à 94 ans et qui se trouve soudain rayé des cartes et soumis à une série d’agressions de plus en plus violentes venues de l’extérieur. La petite communauté devient alors un corps collectif, assiégé par une violence à la fois archaïque et ultramoderne. Ici, la menace n’est plus dissimulée : elle est armée, spectaculaire, explicitement coloniale.
Bacurau n’est pas un film d’action déguisé : c’est une fable politique, où la cartographie, la technologie et la mémoire jouent un rôle décisif. L’effacement du village des cartes – geste central, prolongé par le titre du making of du film : Bacurau no Mapa (Bacurau sur la carte) – matérialise cette violence symbolique qui précède et autorise toutes les autres. Comme dans Recife frio, court-métrage lui aussi dystopique, un évènement invraisemblable révèle une vérité structurelle : certaines vies sont jugées dispensables. La différence, c’est qu’à Bacurau cette violence est identifiée, nommée, et devient l’objet d’une réponse collective.
Le film assume une hybridation des genres – western, film de siège, science-fiction, fantastique – pour mieux en détourner les codes. La violence, d’abord subie et opaque, devient progressivement lisible, puis retournable, à mesure que le village reconstitue sa propre carte, à la fois matérielle et symbolique.
C’est sans doute le film le plus frontal de Mendonça Filho. Mais cette frontalité ne rompt pas avec le reste de son œuvre : elle en constitue une issue logique, lorsque la patience n’est plus possible et que la violence latente, longtemps contenue, appelle une réponse ouverte.