Fille de ferme, Carmelle entre au service du propriétaire terrien Rabasse, un sale type autoritaire et vicelard dont Jean Brochard, dans un de ses meilleurs rôles, fait une composition mémorable et puissante. Maria Casarès, elle, nous apparait dès le premier plan comme une madone irradiante, belle et mystérieuse.
Henri Calef réalise un film âpre et intense dans un décor provençal, sec et rocailleux comme un paysage de Giono. La force du film tient déjà, précisément, à son tournage en extérieurs et à sa capacité à donner aux personnages une vraie authenticité rurale et terrienne. L'interprétation d'ensemble (mention très bien Edouard Delmont qui a trop souvent composé dans de mauvaises comédies des méridionaux pittoresques) et la direction d'acteurs sont une vraie belle réussite grâce auxquelles le drame romanesque est constamment dans le vrai. C'est aussi la meilleure façon de se détourner du mélodrame.
La figure centrale est Carmelle, que Maria Casarès, souvent impavide mais le regard habité, incarne dans un mélange de fragilité, de détermination et de sensualité. L'histoire de Carmelle est d'une certaine façon l'histoire d'une émancipation féminine, bien davantage que celle d'une femme qui fait scandale au village. C''est en tout cas un vrai beau rôle pour l'actrice.
Si je devais faire un reproche à la réalisation de Calef, ce sont les ellipses de la dernière partie autour de la novelle Carmelle, qui introduisent de la concision mais aussi de l'imprécision. Le récit parait alors lacunaire ou empruntant des raccourcis trop abrupts.