En évoquant Woody Allen, peu de gens mettraient Bananas tout en haut de leur classement. Pourtant, loin d'être un Woody mineur, le film est peut-être l'un des plus absurdes et des plus délicieusement satiriques du réalisateur.
Bananas, c'est encore le Woody Allen des débuts : sorti en 1971, il s'agit de son second long métrage après Prends l'oseille et tire-toi (si l'on exclut Lily la tigresse, re-montage/re-doublage parodique d'un vieux film japonais). On y trouve une fraîcheur et un burlesque qui ont eu tendance à se perdre - et c'est tout à fait normal - dans ses films "de la maturité", plus verbeux et plus intellectuels.
Ce qui frappe en premier lieu, c'est le ton extrêmement décalé. On est presque sur une farce - au sens italien du terme. La scène d'ouverture par exemple vaut son pesant de cacahuètes. On y découvre un reportage TV façon événement sportif sur le futur assassinat d'un chef d'État, le président de la République bananière fictive de San Marco. La foule se presse devant le palais présidentiel, attendant que l'homme sorte saluer la populace, pour se fasse tirer dessus. Satire acerbe de l'assassinat 8 ans plus tôt de John F. Kennedy et des théories d'un complot politique visant le 35e Président des États-Unis, le journaliste sait ici à l'avance qu'un coup de feu va être tiré, il en joue pour faire monter la tension télévisuelle, puis fend la foule compacte pour aller recueillir les derniers mots du mourant.
Le titre initial retenu par Woody Allen était El Avanti (qui, s'il avait été gardé, aurait fait doublon avec le film Avanti! de Billy Wilder, sorti l'année suivante), mais le cinéaste opta au dernier moment pour Bananas, double jeu de mot en référence d'une part à la République bananière d'Amérique du Sud (Cuba pour ne pas la citer) où se déroule la majeure partie du film, et d'autre part à l'expression américaine "to go bananas" qui signifie "devenir fou".
Nous suivons la trajectoire de Fielding Mellish, interprété bien sûr par Woody Allen en personne. Comme dans chacun de ses films, il joue ici un juif new-yorkais chétif et névrosé, caricature du cinéaste lui-même. Fielding est testeur pour une grande compagnie industrielle : il expérimente les innovations pour vérifier qu’elles sont « sans risque ». Au début du film par exemple, notre héros essaye un bureau-rameur qui permet aux employés de pratiquer du sport tout en travaillant. Evidemment, le mécanisme du bureau s’emballe et notre homme finit écrasé comme une crêpe contre le mur.
Un beau jour, il rencontre une jeune étudiante, Nancy, passionnée de politique et très engagée dans diverses causes. Fielding tombe rapidement amoureux, mais leur relation est de courte durée : la jeune fille ne le trouve pas assez viril. Pour affirmer sa masculinité et voir du pays, Fielding décide de faire un voyage vers San Marco, alors en pleine guerre civile. Là, il y est reçu en grandes pompes par le dictateur local – qui a donc pris la succession du Président de la séquence d’ouverture – qui prépare en secret un complot : assassiner Fielding, maquiller sa mort pour faire accuser les rebelles, et ainsi pousser le gouvernement américain à intervenir. Mais notre héros échappe de justesse à l’attentat et se réfugie dans la jungle, chez les rebelles, où il va être mis à contribution, suivre un entraînement avant de « faire carrière ».
Nancy est quant à elle interprétée par la belle Louise Lasser, ex-femme de Woody Allen. Preuve qu’ils sont restés en bon terme après leur séparation, l’actrice a accepté de jouer la petite amie de Fielding alors que le couple venait de divorcer deux ans plus tôt.
Autre petit fait amusant, notre cœur de spectateur ne peut s’empêcher d’avoir un sourire amusé à la découverte du petit rôle (de voyou new yorkais) de Silverster Stallone, qui fait ici une de ses premières apparitions au cinéma, 5 ans avant l’envol de sa carrière avec Rocky.
Bananas est un petit Woody Allen pétillant et particulièrement incisif. En mêlant politique, relations amoureuses et bons mots : on retrouve déjà la recette qui fera les grands succès du réalisateur !