En résumé : Si vous aimez un cinéma simple mais juste, sans débauche d’effets spéciaux, foncez ! Si vous êtes curieux laissez vous tenter par un des plus grands films iraniens.
Une connaissance iranienne m’avait vanté ce film comme étant bien au dessus d’œuvres célèbres genre « Une séparation ». Que ce film était beau, fort et bien réalisé. Qu’en outre, l’auteur ne serait pas suspecté de complaisance avec le pouvoir contrairement à d’autres cinéastes. Ce dernier argument n'ayant rien à voir avec des qualités cinématographiques, mais la charge contre les ravages de la guerre n’existerait pas sans cette absence de compromission.
J’avoue qu’avec un tel engouement, je m’attendais à quelque chose de plus grandiose. Ce n’est pas un chef d’œuvre comme on l'entend avec, au hasard, « La Règle du Jeu » ou un drame social populaire comme avec du Hugo, bien qu'on s'en approche. J’ai donc été un peu surpris, voire légèrement déçu, malgré un début percutant.
J’ai fini par rentrer dans ce film et à en apprécier la profondeur et la force. Le réalisateur n’avait sans doute pas de grands moyens, il en a pourtant tiré le meilleur. Dommage que mes attentes aient été mal placées car j’adore ce genre d’ambiance un peu ethnographique. Particulièrement dans le cadre de la méditerranée et du Moyen-Orient qui me font toujours l'effet de lieux cousins. Outre leurs qualités artistiques, les films de Pasolini, Iosseliani, Pardjanov, Sissako - et tant d’autres - ont cette plus-value ethnographique. Pas dans le sens d’un exotisme pour occidentaux mais, bien au contraire, d’un aspect quasi documentaire qui nous rend une culture étrangère, ou une époque, si proche.
Au même titre que cet enfant qui ne connaît pas la langue du pays dans lequel il débarque, je comprends peu à peu des choses par le regard et je me fait petit à petit apprivoiser par les lieux et les gens.
Il y a tout un travail de mené autour de la communication (cris d’oiseaux, langage humain, écriture et même chants et danses…). Pas seulement comme prétexte à progresser dans l’histoire mais aussi pour symboliser l’apprivoisement qu’il y a dans toute relation. Et je ne parle pas de symbolique lourdingue mais d’une mécanique profonde qui travaille le film. Il aurait pu être réalisé sans la barrière du langage et avoir peu ou prou les mêmes péripéties mais sans en avoir le sens. Ici, la barrière matérialise la frontière de l’altérité. La franchir, c’est s’ouvrir à l’autre dans une compréhension de plus en plus profonde. Faire le chemin jusqu’au bout, c’est accéder à des moyens de réparation fondamentaux.
Un sujet qui résonne particulièrement dans notre époque de nouvelles guerres et de rejet des migrants. Mais je ne voudrais pas réduire la portée du film et sa polysémie en le plaquant à l’actualité.
Le début est traumatique. L’histoire et touchante. L’ensemble est vraiment bien fait.
J’espère avoir le temps de le revoir un jour.
Vu 1 fois (avec envie de le revoir)
8/10
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