Cru, excessif et sensuel, Basic Instinct représente totalement Paul Verhoeven durant sa période américaine, le cinéaste hollandais joue avec ses comédiens, son scénario et le spectateur, il tire les ficelles pour nous emmener dans un jeu malsain.
Pour ce qui est aujourd'hui l'un de ses films les plus connus, Verhoeven met peu à peu en place un climat mystérieux, malsain et de plus en plus sombre, où un flic va tomber entre les griffes d'une redoutable et sensuelle écrivaine, au cœur d'une affaire de meurtre. Tous les personnages passent entre les mains du hollandais, ils sont tous piégés et disséqués, mis à nue, en particulier les deux protagonistes. Chacun pense avoir le dessus sur l'autre et chaque personnage s'intercalant entre eux risquera d'être broyé.
L'œuvre, dans son ensemble, écriture et mise en scène comprise, est surtout efficace, contenant son lot de rebondissements sans que cela nuise au film et Verhoeven, toujours dans l'optique de jouer avec son spectateur, inclut de nombreux sous-entendus et jeux dangereux. Il impose une vision malsaine et sulfureuse, quitte à être dans l'excès (ce qui se ressent trop parfois). Cela sert aussi l'ambiance prenante, marquée par plusieurs séquences inoubliables, à l'image du final ou de chaque face-à-face entre les deux personnages principaux.
Les joutes verbales bien trouvées associées à des acteurs (remarquables Michael Douglas et Sharon Stone) qui semblent possédés par leur personnage fini d'achever la réussite de l'œuvre, la perversion de celle-ci sachant faire ressortir les plus bas instincts de tous les personnages qu'elle va croiser. Jeanne Tripplehorn sort aussi son épingle du jeu, et le tableau complet des personnages se révèle intriguant, tandis que la bande-originale de Jerry Goldsmith est parfaite et en adéquation avec l'atmosphère mise en place.
Basic Instinct permet à Paul Verhoeven de mettre l'humain et nu, et en avant la perversité et le côté fourbe et bestial de ceux-ci (ils y passent tous !), par le prisme de portraits aussi crus et fascinants. Pendant deux heures, le hollandais joue avec ses personnages et avec nous, et ce n'est pas pour déplaire !