Le chat parti, la chauve-souris panse

Le must du cinéma de super-héros! Burton s'empare une nouvelle fois de la mythologie de Batman et en fait une véritable fresque filmique.

Un drôle d'oiseau:

Dès les premières minutes, Batman Return emmène le spectateur dans un Univers désespéré, aux allures de conte noir. S'ouvrant sur l'ascension du pingouin, dont les origines ont été fortement remaniées par rapport à sa version papier, la thématique principale de ce second volet est dévoilée dans sa première scène: le rejet. Ostracisé en raison de sa difformité physique et de sa bestialité, le jeune Oswald Cobblepot sombre, d'abord au propre, en étant précipité dans l'eau des égouts de Gotham City, puis au figuré, en devenant le chef d'un gang de forains énervés. A l'instar du Joker dans le film précédent, ce pingouin est victime de son corps, de son inadaptation sociale, et de sa folie incontrôlable l'amenant irrémédiablement à une vie de paria.


Pour autant, Burton parvient à faire éprouver aux spectateurs tant de la pitié que de la répugnance à l'égard du personnage, sans pour autant verser dans le sentimentalisme à outrance. Le personnage d'Oswald/pingouin est aussi terrifiant et malsain qu'émouvant et pathétique. Un mélange contradictoire rendu possible aussi bien grâce à l'immense performance de Dany Devito, qu'à un travail proprement époustouflant de maquillage. L'acteur grimé comme une vedette de films expressionnistes allemands, à l'instar de la direction artistique particulière de ce film, offre une interprétation animale et effrayante du personnage.

Cette incarnation changera à tout jamais le personnage dans l'inconscient collectif.


Chatte perchée:

La grosse surprise du film reste cependant Catwoman jouée par Michelle Pfeiffer qui parvient à voler la vedette, tant aux autres méchants qu'à Batman lui-même. En effet, parmi la masse de thématiques présentes au sein du métrage, la question de la place de la femme s'avère être celle qui intéresse le plus le metteur en scène avec ce personnage ambigu et attendrissant que constitue la femme chat. Passant de victime à justicière, avant de devenir cambrioleuse, bipolaire, masochiste, supercriminelle et anti-héroïne, Selina Kyle est probablement le protagoniste/antagoniste le plus complexe à cerner qu'on ait pu voir dans un film de super-héros.


A l'image de sa naissance, le spectateur ne sait sur quel pied danser face à cette vamp troublante , qui semble partagée en de multiples identités, et dont les "morts" à répétition semblent conduire vers une destinée incertaine. Le tout en amenant une dimension fantastique ambigue quand à sa plausibilité. C'est que l'intelligence du script réside dans le fait de laisser planer le doute: Selina Kyle devient-elle monstre au fur et à mesure qu'elle perd ses "vies de chat" ? Où n'est-ce pour elle que le moyen de se défendre face à une société qui lui interdit d'exister par elle-même?


Le film ne tranche jamais la question, laissant à chacun son interprétation, notamment via une fin que je ne spoilerai pas pour celles-et-ceux n'ayant pas vu le film.


La grâce et la souplesse athlétique de Pfeiffer offre à ce personnage une vraie crédibilité en tant que féline anthropomorphe , de même qu'une incarnation stupéfiante de la part de l'actrice. Toutes ses scènes sont de véritables morceaux d'anthologie, le tout magnifié par le score incroyable de Danny Elfman. Un personnage inoubliable!



L'anti-Batman:




Pour compléter cette galerie de méchants, le personnage de Max Shrek (aucun lien avec l'Ogre vert), un magnat industriel voulant imposer son hégémonie sur Gotham en manipulant le pingouin, poussant notamment celui-ci à commettre des émeutes avant de se présenter comme candidat à la mairie de Gotham. Shrek constitue le noyau dur du film et le liant du trio de monstres que sont Batman, Catwoman et le pingouin. Il constitue aussi le parfait opposé à Bruce Wayne, comme une sorte de miroir inversé: là où Batman dissimule sa nature bénévolante et altruiste, derrière le milliardaire misanthrope, Max se présente sous une apparence faussement bienveillante et concernée- allant jusqu'à vendre une centrale nucléaire comme un moyen écologique et durable (toute ressemblance avec notre monde ne serait que fortuite). N'hésitant pas non plus, à l'instar de l'homme chauve souris, à commettre des actes moralement répréhensibles (pour ne pas dire totalement criminels) pour ses intérêts. La différence entre les deux hommes résident plus dans le fait que Shrek est cynique et affiche un vrai mépris pour les citoyens de Gotham, là où Batman agit pour ce qu'il pense être juste.


En résumé:

Plus qu'un bon Batman, un des meilleurs films de superhéros. Avec ce film, Burton affirme son coté "underground" au sein des superproductions. Son Gotham est visuellement époustouflant, son pingouin aussi repoussant et immonde que touchant. Michael Keaton a gagné en charisme, en comparaison du volet précédent, dans lequel il était, il faut bien le dire, plutôt falot et relégué comme "gest star". Il n'en est rien pour celui-ci: l'acteur nous prouve un fois de plus toute sa palette de jeu, alliant un coté plutôt cartoon à des phases presque psychotiques. Pourtant, le personnage qui se taille la part du lion n'est autre que Catwoman, qui donnera à Michelle Pfeiffer une image lui collant à la peau.


Aegus
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le 7 août 2025

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Aegus

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