Baxter trouble et interroge par l’inarrêtable rapprochement qu’il opère entre un chien et un enfant, tous deux disposant à tour de rôle de la focalisation principale, permis par la volonté de trouver un maître capable de les dominer physiquement, intellectuellement et moralement. En cela, le film prolonge la réflexion amorcée par Étienne de la Boétie dans son Discours de la servitude volontaire (1577), réactualisé par le spectre lui aussi ranimé du national-socialisme et du culte de la personnalité attaché au dictateur, à son épouse et à son chien. L’écriture du long métrage privilégie le néo-naturalisme, soit la volonté d’explorer dans l’environnement intérieur (domestique) et extérieur (la décharge) les secousses à l’œuvre dans un être, qu’il soit canin ou humain, faisant du chien un avatar de l’homme – doté comme lui de la pensée, conscient de ses instincts – et de l’homme un avatar du chien – lui aussi cherche par la violence une autorité suprême à adorer et redouter.
La réalisation impressionne par son aspect « tranche de vie », inscrit le mal dans une banalité régionale marquée par les infidélités, les routines adultes et les trajets en autocar ; elle dose parfaitement l’esthétisation de ses figures, à commencer par ce plan en lent travelling avant superbe sur le bull-terrier capté devant un fond rouge, pour ne jamais les détacher d’un cadre de vie exceptionnellement trivial dont la vanité est masquée, un temps, par les déplacements incessants d’un petit papi nommé Monsieur Cuzzo soucieux de donner du sens à ce qui n’en a pas.