Baxter, Vera Baxter est un film, immense film sur le vide bourgeois.


Il y a cette plage au loin, ces mouettes qui s’envolent dans une nuée faite de noir et de blanc, ces flots qui vont et viennent. Et il y a cette femme, Vera Baxter, qui erre dans sa propre maison, une villa de Thionville achetée il y a peu, et qui ne plaît déjà plus. Pas de mobilier, ou si peu. Des canapés pour recevoir, un réfrigérateur pour se nourrir, un lit pour dormir et attendre. Un corps, habillé ou nu, suscitant le désir d’un amant et l’infidélité d’un mari, tous deux absents, ou présents à distance – le bar pour l’un, le téléphone pour l’autre. Une fête est donnée dans la ville, elle s’invite dans la villa et dans le film par le biais de la musique signée Carlos d’Alessio, une musique andine qui paraît composée pour un autre film, qui se superpose au présent film, telle une voix discordante. Et de la rencontre impromptue entre attente et fougue musicale naît une œuvre passionnante dans laquelle les silences, les aveux désavoués, les illusions perdues dialoguent avec les percussions et le siku, dans laquelle la douleur dialogue avec la fête, dans laquelle la douleur est une fête.


La mise en scène de Marguerite Duras travaille l’absence à soi et aux autres par le prisme de l’espace architectural de la villa et des fenêtres : fenêtres ouvertes sur la nature environnante mais inaccessible, sur la mer aussi ; fenêtres fermées sur Vera qui s’y reflète, les traverse. Le domaine est somptueux ; il n’y manque que la vie. Une vie minée par l’argent, l’argent qui gouverne l’existence de Jean : se payer une maîtresse à un million, une villa à un million, tout jouer au poker, tout perdre aussi. Les propos tenus par Vera relatent une mobilité passée et regrettée. C’est cette absence que capte Duras. La cinéaste présente son personnage principal comme un centre vide, un carrefour de déceptions qui cristallisent l’inertie du monde bourgeois. Ne reste qu’une sensualité, partagée avec le spectateur, qu’un érotisme au croisement de la pulsion de vie et de la pulsion de mort.


Baxter, Vera Baxter nous fait pénétrer, via un intérieur bourgeois, dans l’intériorité vide de la bourgeoisie. Une œuvre envoûtante, magistrale.

Créée

le 24 juin 2020

Critique lue 506 fois

Critique lue 506 fois

8

D'autres avis sur Baxter, Vera Baxter

Baxter, Vera Baxter

Baxter, Vera Baxter

4

Moizi

2565 critiques

Parfait pour la sieste !

Bon ma seule relation avec Duras c'était au travers de Nathalie Granger qui ne m'était pas antipathique, mais bon ce Baxter, Vera Baxter n'a vraiment pas pris chez moi. Je peux comprendre qu'on...

le 12 mai 2015

Baxter, Vera Baxter

Baxter, Vera Baxter

5

MarietteIung

1 critique

Critique de Baxter, Vera Baxter par Mariette Iung

Chiant mais heureusement que Delphine était là

le 23 oct. 2020

Baxter, Vera Baxter

Baxter, Vera Baxter

3

YgorParizel

9090 critiques

Critique de Baxter, Vera Baxter par Ygor Parizel

Encore un film de Duras sous forme d'escrocquerie cinématographique. Du propre aveu de l'auteure, son style est non-narratif, il ne se passe strictement rien à l'écran, pas d'intrigue, pas de...

le 6 juin 2017

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3787 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3787 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3787 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019