Certains films naissent clairement du souvenir plutôt que du conflit. Belfast en fait partie. Kenneth Branagh revisite son enfance dans l’Irlande du Nord de la fin des années 1960 à travers un regard intime, presque protégé. Le contexte historique est présent, la violence aussi, mais elle ne domine jamais totalement. Ce qui compte avant tout, c’est l’enfant, sa famille et ce petit monde qui tente de rester debout alors que tout vacille autour.
Le choix du noir et blanc renforce cette impression de mémoire embellie. La photographie est impeccable, soigneusement composée, mais elle installe aussi une certaine distance. Tout paraît très beau, très ordonné, même lorsque la situation devrait être plus douloureuse. On a parfois le sentiment que Branagh préfère caresser le passé plutôt que l’affronter frontalement.
Cela ne signifie pas que le film échoue. Le casting est solide, notamment le jeune Jude Hill, qui porte le regard enfantin avec sincérité et sans excès. Les adultes apportent chaleur et équilibre, construisant une famille crédible et attachante. Certaines scènes émeuvent avec justesse, sans insister lourdement.
Le problème apparaît lorsqu’on pense au poids du contexte historique. Belfast fut un lieu profondément troublé, marqué par des tensions fortes, et ici tout semble filtré par une nostalgie qui en atténue les aspérités. Branagh ne cherche pas à réaliser l’œuvre définitive sur l’Irlande du Nord ; il raconte son enfance, point. Cette honnêteté est respectable, mais elle limite aussi la portée du film.
Au final, Belfast se regarde avec plaisir. Élégant, émouvant et bien construit, il ne devient cependant pas la grande fresque mémorielle qu’il aurait pu être. Il fonctionne comme une lettre personnelle et un hommage familial. Comme portrait historique plus vaste, il reste un peu en retrait.