Alanté Kavaité, ou l’art de faire du silence un langage. Belladone s’ouvre comme un rêve éveillé : une île, un ciel aux reflets métalliques, une femme (Nadia Tereszkiewicz, envoûtante) qui semble fuir quelque chose ou quelqu’un. C’est beau, c’est élégant, et ça sent la grande œuvre. Enfin… sur le papier.
Parce qu’en réalité, passé l’émerveillement des premiers plans, une petite voix commence à murmurer : "Mais… il va se passer quelque chose, au bout d’un moment ?" Ah, l’éternel piège du cinéma d’auteur ultra-esthétisé : à force de travailler chaque image comme un tableau de musée, on oublie parfois qu’un film, c’est aussi du mouvement, du rythme, des enjeux. Ici, on nous sert un mystère vaporeux, des dialogues en mode "moins on en dit, plus c’est profond", et des personnages qui semblent tous avoir suivi un séminaire intensif de contemplation métaphysique.
Tereszkiewicz, magnétique, tient le film à bout de bras. Son regard, sa présence, son corps même racontent plus que les dialogues. Mais face à elle, Dali Benssalah (David) et Daphné Patakia (Aline) jouent à qui parlera le moins. Résultat : des échanges où chaque mot semble pesé comme s’il portait le secret de l’univers… alors qu’en réalité, il ne se passe pas grand-chose. Et quand Miou-Miou ou Patrick Chesnais entrent en scène, on espère un sursaut, un choc, une secousse. Mais non. Ils restent en retrait, prisonniers d’un scénario qui préfère l’ambiance au contenu.
Alors oui, Belladone, c’est un bel objet. On pourrait en faire un moodboard sublime sur Pinterest. Mais le film donne parfois l’impression d’être un écrin vide, une belle boîte dont on aurait perdu la clé. À force de vouloir tout suggérer, il finit par ne plus rien dire.