Que dire sur "Belladonna of Sadness" d'Eiichi Yamamoto, considéré comme un chef d'œuvre de l'animation japonaise ? Certains films demandent un petit moment de réflexion, pour comprendre ce que je viens de voir, et celui-ci en fait vraiment partie. Au final mon avis n'a pas changé depuis mon visionnage il y a plus d'un mois. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il m'a marqué par la panoplie d'émotions qu'il m'a personnellement fait ressentir : il est tant impressionnant dans sa composition graphique, que perturbant, voire malaisant parfois, dans les sujets abordés.
Passons le résumé que l'on trouve facilement sur sa page Sens Critique et entrons dans le vif du sujet. Retenez surtout que l'histoire se déroule au Moyen-Age et que le respect et la considération de la femme, à cette époque, bah on s'en fout un peu.
J'écris sans connaître l'intégralité de l'œuvre du réalisateur japonais, je me base seulement sur des ressentis et il y a bien longtemps qu'un film ne m'avait pas laissé aussi perplexe, et avec un sentiment très ambivalent. Est-ce que j'ai aimé ? Pour être honnête, j'avais mis initialement la note de 7, une belle note pour la claque visuelle, mais je l'ai retirée. Pourquoi ? Simplement, parce que je n'arrive toujours pas à savoir quel est véritablement mon avis. (Bon j'ai du en remettre une, Sens Critique obligeant à noter pour écrire une critique... ok)
Les puristes crieront peut-être au pugilat, mais ce film fait partie des œuvres qui divise facilement je trouve.
Il ne fait aucun doute que le réalisateur offre une proposition d'une grande audace graphique et artistique. C'est incontestable : l'animation full expérimentale happe, voire fascine, avec son psychédélisme ambiant qui nous plonge dans des méandres de couleurs et de formes qui s'associent puis se délient quasi à l'infini. Dans une ambiance à la frontière du rêve, on est emporté par la fluidité de la ligne. On pense à l'Art Nouveau et aux silhouettes de Mucha en voyant Jeanne, le personnage principal au corps longiligne ; à Klimt aussi.
Mais le hic pour moi a été, paradoxalement, la violence justement de certaines images. Soyons clairs, que la sexualité soit omniprésente n'est pas un problème : le film date des années 70 et la libération sexuelle a logiquement impacté la création, sans compter qu'il s'inscrit dans une trilogie autour de l'érotisme donc rien de choquant jusque là. Mais ce qui a été difficile encaisser, c'est qu'il est tout bonnement question de viol. Il s'agit au final d'une femme que l'on maltraite, torture et utilise du début à la fin. Même si l'on comprend que le réalisateur cherche à faire une critique dans un écho notamment à la chasse aux sorcières, tout chef d'œuvre visuel soit-il, je n'ai personnellement pas réussi à faire l'impasse sur la violence que l'on reçoit.
Ca m'interroge un peu sur le rôle du cinéma, qu'il soit dérangeant oui, mais à quel point ? Et pour dire quoi ? Passé le côté expérimental, on en garde quoi ? Je n'étais peut-être tout simplement pas la bonne cliente pour ce long-métrage.