Séverine a rêvé de se faire fouetter par deux employés... mais lorsqu'elle ouvre les yeux, elle voit son Pierre, sorte d'Alain Delon mais en moins connu, doux comme un agneau, docile comme un hamster. Elle s'emmerde Séverine dans sa vie bien ordonnée où le suspense réside dans la date de congés octroyés par le patron au mari. Mais voilà que partis à la neige, Séverine discute avec Henri, qui lui fait connaître une adresse où, chez Anaïs, on se prostitue. Elle va y aller avec dégoût, mais elle va kiffer la bourgeoise !
Belle de jour m'a laissé une impression à la fin de la séance : on a du l'étudier et le décortiquer dans tous les sens de Buñuel. Et à juste titre, car la critique de la bourgeoisie est plutôt bien trouvée. Selon moi, on retrouve d'une part Piccoli qui interprète un libertin et à qui le réalisateur donnera raison, et d'autre part, on a cette Deneuve en retenue qui sera constamment jugée pour la connerie de sa pensée. Il se trouve qu'elle juge les prostituées pour leur bassesse, alors qu'on les justifie constamment avec l'argument économique. Hors, elle se retrouve à pratiquer la même activité, pour un argument personnel qui serait la quête d'un fantasme masochiste. Et en ce sens, la scène où Piccoli se retrouve seul avec elle chez Anaïs est jubilatoire : il lui montre bien qu'elle est complètement idiote de passer par un rabaissement volontaire au rang d'une chose qu'on méprise, dans le but d'obtenir quelque chose que l'on pourrait tout aussi bien avoir en étant tout simplement libertin. Il en profitera d'ailleurs pour se moquer d'elle en lui disant que maintenant qu'elle est exploitable, il ne la désire plus... ET PAF !
J'aime bien cette manière qu'a eu le réalisateur de montrer que tout le mal de cette histoire vient de cette position sociale qu'est la bourgeoisie : c'est Séverine qui juge les valeurs des prostituées, mais c'est elle aussi qui s'y rend de son plein gré. C'est encore plus fort qu'on montre bien que ce qui l'excite, c'est le masochisme. Une scène est à ce titre vraiment pas mal : un asiatique qui impose et effraie toute la maison se retrouve à coucher avec Deneuve. On la voie allongée nu sur le lit, un peu comme si elle était morte, on a envie de le penser vu la bête qui est sortie de la chambre... et en fait elle a kiffé, et même plus qu'avec les clients "gentils".
Et puis la fin me plaît beaucoup, lorsqu'on voit que tout le malheur que mérite les bourgeois lui retombe dessus, Séverine n'a plus que son imagination comme dernier échappatoire. Et lorsqu'elle s'imagine heureuse, quand bien même son mari s'adonnerait à des pratiques sexuelles qui l'excitent, elle est perturbée par un bruit de cloches, qui rappelle son client. Et quand elle cherche l'origine du son, qu'elle se rend à sa fenêtre, elle voit le landau dans lequel elle se rêvait au début du film, vide, car maintenant, c'est trop tard, elle est condamnée au malheur.
Je retiens donc de ce film un rythme inégal, mais un ton buñuelien très bien venu pour parler de moeurs. Car au final, ce qu'il y a de choquant, c'est surtout l'attitude de Séverine, qui ne parvient pas à voir la prostitution comme étant autre chose que le moyen de parvenir à une fin personnelle et luxueuse (dans le sens où l'on pourrait se passer d'assouvir un fantasme, contrairement à manger le soir venu). Elle est doublement méprisable : une fois pour cette attitude, et une seconde pour son égoïsme qu'elle justifierait par la volonté de préserver sa façade bien présentable... sauf qu'il n'y a pas à avoir honte de rêver qu'on se fasse jeter de la boue au visage, il suffit simplement d'embrasser ce désir. Et ça, Piccoli l'a bien compris.