Le très discret Evan Glodell signe un film déroutant pour le grand public dont le scénario prometteur dérive lentement vers une histoire d'amour qui finit mal. L'amitié de deux paumés obnubilés par l'élaboration d'une voiture capable de résister à l'apocalypse ne résistera pas longtemps au jeu des sentiments, au poison violent que peut être l'amour, amitié indestructible qui se réduit à l'effondrement psychologique, point de non retour qui dès le départ semble être évoqué par des séquences qui parsèment le film. La pellicule jaunie de Bellflower, comme sortie d'un grenier, renforce l'atmosphère étrange et incandescente de ce curieux long métrage notamment les dernières séquences où le temps, l'espace, la narration sont complètement chamboulés. La bande son, composée par Jonathan Keevil est indissociable du contenu même du film, désespérée et profondément mélancolique. Réalisé avec un budget dérisoire, considéré comme le fleuron du cinéma américain, tous les codes cinématographiques sont ici dynamités, car oui, on attend de ce genre de film un final grandiloquent, mais c'est avant tout une oeuvre instable, dont l'affect prend lentement le devant sur le scénario du départ, l'effondrement du monde n'aura pas lieu, mais la descente aux enfers, coupant le film en deux.