Le Ben Hur 1959 de William Wyler avec Charlton Heston a toujours eu une place à part dans ma cinéphilie. C'est l'un de mes souvenirs cinématographiques les plus anciens et marquants : vu tout jeune avec mes parents, j'avais adoré ce monument (dans tous les sens du terme puisque le film dure 3h40) du cinéma, et cela m'avait donné l'envie de découvrir d'autres Péplum - Spartacus, Cléopâtre, Jason et les Argonautes notamment.
En découvrant récemment et un peu par hasard cette toute première version de Ben Hur signée Sidney Olcott, une intéressante question de mise en scène m'est immédiatement venue à l'esprit. Tout le monde sait que le clou du spectacle dans Ben Hur, c'est l'épique course de chars. Or, en 1907, les caméras sont fixes et ne peuvent capter une action en mouvement (il y a bien eu des travellings avant cette date : Alexandre Promio, opérateur des Frères Lumière a par exemple filmé le Grand Canal de Venise depuis un bateau dès 1896 ; une autre vue Lumière montre en 1898 le passage d'un tunnel de chemin de fer [le tunnel de Perrache, près de Lyon] pris depuis l'avant d'une locomotive ; mais à chaque fois c'est la caméra qui est posée sur un transport en mouvement). Dès lors, comment filmer une course de char en plan fixe ?
Spoiler : de manière pas terrible... La caméra est braquée sur les spectateurs qui s'agitent et profitent du spectacle pendant que des chars traversent le champ, au premier plan de l'image. La séquence est tournée durant la parade des pompiers de Brooklyn, qui avaient organisé une course de chars comme spectacle caritatif, mais n'offre qu'un intérêt cinématographique limité.
Et de manière générale, il manque à Sidney Olcott un sens de la mise en scène, du rythme, de l'esbroufe. Chaque saynète qui compose ce film d'une bobine (un peu moins de 15 minutes) est plate et sans saveur. Chaque tableau vivant en plan fixe est précédé d'un carton expliquant ce qu'il faut voir dans la scène : l'accident avec un mur qui s'effondre (on dira plutôt une brique qui se décroche) manquant de blesser le gouverneur romain, le passage par l'esclavage, la course de chars. Même avec ces cartons, la narration est parfois difficile à suivre : mieux vaut déjà connaître l'histoire de Ben Hur pour pouvoir profiter pleinement du film !
On notera tout de même une certaine ambition à l'écran. Avec son budget de 500$ (loin d'être ridicule pour l'époque), le film se permet de beaux décors - alternant toiles de fond peintes et vrais extérieurs - et un nombre de figurants conséquent, notamment lors du défilé des soldats.
Aujourd'hui, le film est surtout passé à la postérité en raison de ses démêlés juridiques. En effet, c'est la première fois dans le cinéma américain que la notion de droit d'auteur (copyright) se pose : le conflit oppose le studio Kalem Company, producteur du film qui n'a pas demandé d'autorisation pour adapter l'œuvre littéraire Ben Hur (paru en 1880), et la famille de l'auteur du roman Lee Wallace. La Cour Suprême américaine tranche finalement en faveur des héritiers de Wallace, créant ainsi un précédent juridique reconnaissant officiellement le droit d'auteur. La production se voit alors contrainte de payer une compensation équivalente à 50 fois le budget du film...
Pour l'anecdote historique, c'est une préoccuption dans l'ère du temps puisqu'en France, c'est également en cette année 1907 que la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) commence à se soucier des redevances d'auteurs pour les productions filmées.
Même si ce Ben Hur semble un peu trop sage et manque et mordant et d'épique comparé à ses successeurs de 1925, 1959 ou de l'horrible remake de 2016, les amoureux des Péplums et du cinéma des premiers temps y trouveront sans aucun doute un certain charme. Sachez que le film est disponible gratuitement mais, à défaut de version restaurée, n'hésitez pas à comparer la qualité de plusieurs liens pour éviter une image trop délavée !