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Shownuns!
Alors un de mes réalisateurs préférés dirigeant dans un rôle principal une des actrices préférées, autant le dire, Benedetta était une de mes plus grosses attentes de l'année ̶2̶0̶2̶0̶ 2021...
le 12 juil. 2021
Excellent film, tout simplement, où l'on trouve tout ce que l'on est venu chercher. En plus là c'est un sacré combo que réussit ce film : la vie des nonnes est un thème qui me plaît, j'aime beaucoup Verhoeven et j'aime beaucoup Efira. J'imagine ma tristesse si le film n'avait pas répondu à mes attentes cinéphiliques surtout sur ces trois points là, ç'eut aurait été terrible !
L'intrigue passe assez bien : Verhoeven joue la carte de l'ambiguïté dans un premier temps, ce qui permet au spectateur de douter, de se faire sa propre opinion, ensuite il nous emmène sur un terrain un peu plus rationnel et l'on comprend alors ce qu'a voulu dire Benedetta depuis le début. Il y a assez de mystère pour qu'on puisse s'imaginer comment la bonne sœur en est arrivé là, aurait-elle compris à quel point il est facile de manipuler ces gens dès le premier incident à son arrivée, ou était-ce une volonté de sa part dès le début, en arrivant dans le couvent ? Est-elle le Diable (vu sa manière d'attaquer verbalement ceux qui ne la croit pas) ? Tout est possible. Mais ce n'est pas ça le plus important. Ce qui fascine c'est comment chaque personnage va prendre et digérer l'information, mais aussi révéler sa vraie nature.
En fait, ce film est un film de méchant. Car tout le monde paraît corrompu en fin de récit, que ce soit l'ancienne abbesse et sa fille (qui mentent), le padre Cecchi qui révèle voir là l'occasion de monter les échelons (par après, son comportement est similaire à celui de Benedetta en fait, il semble croire à ce qu'il sait être des mensonges, en tous cas c'est une possibilité d'interprétation), Le Nonce (lui, c'est plus étrange, au fond, il agit pour faire le bien alors qu'il partait en se révélant corrompu, c'est juste qu'il va se montrer trop excessif et cruel ), Bartoloma (elle incarne le mal, et pourtant c'est peut-être la plus pure, elle agit simplement selon ses désirs, sans s'auto-censurer, mais c'est ce qui fait son vice aussi) et ainsi de suite. Et malgré le grand nombre de personnages, les auteurs parviennent à les exploiter avec justesse, ni trop ni trop peu, de manière à ce que chacun paraisse utile à l'intrigue.
Les conflits sont présents, Benedetta ne bénéficie de pratiquement aucun soutien et même lorsqu'elle est adulée sur son bûcher, on sent qu'elle reste incomprise. Les situations sont bien amenées. Une histoire de nonnes lesbiennes mais aussi de nonne amoureuse de son seigneur, ça ne pouvait que laisser espérer l'utilisation d'un godemichet improvisé : bingo. Et enfin le terrible sort réservé au Nonce, dès son arrivée on espère qu'il crèvera car les auteurs en font un vrai sale type et ce qui lui arrive est on ne peut plus jouissif.
En fait, ce film est aussi jouissif qu'un Robocop, avec des scènes jusqu'au-boutistes, de la violence (tous ces rêves), du sexe (du sexe hollywoodien, précisons, on voit des corps nus, de belles formes féminines, mais pas question de montrer des gros plans comme Abdellatif Kechiche a pu le faire, des répliques piquantes (et tellement drôles). Des ingrédients qui font du bon Verhoeven quoi !
À cela s'ajoute une mise en scène aux petits oignons ! Un découpage pertinent, efficace, un montage bien rythmé, avec un tempo plus lent et sensuel pour les scènes de sexe, mais aussi une ambiance plus mouvementée lors du climax. Les décors et la reconstitution en générale sont réussis, convaincants. Les acteurs sont épatants. Tout le monde a parlé de la joie de retrouver Virginie Efira et Verhoeven, mais au final, celle qui marque peut-être le plus c'est Daphne Patakia ; Efira est géniale, comme toujours, mais Patakia parvient à s'imposer et les deux échangent une belle énergie tout du long ; ce qui fascine le plus avec Patakia, c'est ce visage à la fois doux et effrayant, c'est-à-dire que lorsque Benedetta la remercie pour sa trahison, on pense à Judas et soudain ça colle, le visage un peu osseux, ces grands yeux, ça colle (bon c'est aussi la manière de filmer et de la maquiller, sinon ce serait pas cool pour elle). La BO passe très bien aussi.
Niveau message, j'ai trouvé ça assez riche dans le sens où il y a plusieurs lectures possibles. Une critique de la religion, oui. Une critique de la hiérarchie, du monde du travail, aussi. Une critique du patriarcat (ou une ouverture sur l'amour sous toutes ses formes). C'est aussi une critique plus générale sur l'hypocrisie de l'humanité. On peut vraiment aller chercher plein de choses. Alors, c'est pas très approfondi, c'est juste que l'auteur construit des séquences assez marquantes. Et pour moi ce n'est pas un cinéma provocateur ; je ne pense pas que Verhoeven se soit dit "ho là elle va se caresser face caméra ça va choquer les puritains hihihi", non je pense juste qu'il aimait son sujet qu'il a trouvé l'histoire super et qu'il a décidé d'être radical ; c'est donc un cinéma radical plus qu'un cinéma provocateur pour moi. Sinon le film deviendrait vite ringard. Et je ne pense pas qu'il le sera un jour.
Bref, voilà une petite perle délivrée par Verhoeven, ça fait du bien après son "Elle" un peu en demi-teinte. Et en plus, j'ai pu voir ce film au cinoche, ce qui n'était plus arrivé depuis très très longtemps !
Créée
le 19 sept. 2021
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