Un documentaire en tout point passionnant, c'est là qu'on remarque vraiment la coolitude de John Carpenter, il débarque en t-shirt-jean-baskets, conduisant son tacot dans les bouchons, racontant sa jeunesse durant les 60s à L.A. entre deux acides et des concerts des Doors et Frank Zappa, ses débuts de cinéaste avec "Assaut", le succès populaire avec "Halloween" (même une parenthèse savoureuse nous renvoyant sur les lieux du tournage) ...
Le mec est ultra clairvoyant sur le cinéma et son art, dont le sens politique et moral qui en découle, il s'est toujours un peu considéré comme un marginal de la profession (ses anecdotes avec Lelouch ou le Jury d'Avoriaz sont croustillantes), il a un regard assez critique sur l'évolution culturelle de son pays par rapport aux modes et aux codes dictés par les puissants.
On le sent un peu meurtri, il faut dire qu'entre les studios hollywoodiens sans scrupules, les producteurs malhonnêtes et les critiques acerbes personne ne lui a jamais fait de cadeau, ce qui l'a forcé à devenir indépendant et faire ce qui lui plaisait, mais avec toujours au final une reconnaissance mitigé, pourtant le personnage comme ses films dégage vraiment une singularité exceptionnelle, on le voit presque comme un vestige d'un temps où le cinéma de genre pouvait être créatif et libre, on ne peut avoir qu'une indéniable sympathie pour Big John.
A côté de ça il y a pas mal de témoignages d'acteurs qu'il a dirigé et de spécialistes ciné qui décryptent cette attitude familiale sur les tournages ou son rapport à l'art essentiel et de la trace qu'il laissera à l'histoire du cinéma, à signaler que le documentaire est français et qu'on a affaire à des vrais passionnés du réalisateur qui connaissent leurs sources, et niveau technique il est notamment sympathique de remarquer quelques filtres super8 lors des interviews pour donner une petite touche rétrospective originale.
La partie que j'ai préféré est celle où il explique sa passion pour la composition musicale en post-prod, encore une fois il fait preuve d'un extrême clairvoyance et son point de vue est très cohérent, John avait bien sûr plusieurs cordes à son arc, il y voyait cette finalité de production artistique comme une sorte de récréation, là encore ce rapport au véritable plaisir créatif loin des pressions en tout genre.
On fini même sur une note mélancolique assez triste d'un monstre sacré qui a été oublié et qui a fini par inexorablement lâcher les armes, mais qui restera immortel grâce à ses films intemporels.
Bref un documentaire que je recommande chaudement et merci à @SpaceTiger7 de me l'avoir conseillé, vraiment passionnant et fascinant !
Le doc disponible ici (1h15) : http://www.dailymotion.com/playlist/x1vn7j_Gothikam_john-carpenter/1#video=xnl35u