Cette trilogie fait partie de ce que Bigas Luna (de son véritable nom José Juan) appelle sa « période noire » post dictature de Franco, où – à l’instar des films de Eloy de la Iglesia – les films osent enfin s’attaquer à des thématiques taboues et sulfureuses. Bien que BILBAO n’est que son deuxième film, Bigas Luna s’y réfère comme son tout premier. C’est BILBAO qui lui ouvre les portes de la Quinzaine des Cinéastes à Cannes. Il réalise ensuite CANICHE qui reçoit un grand Prix prestigieux décerné par la Cinémathèque royale de Belgique (aux côtés de Varda, Scorcese, etc). Et après un court passage aux États-Unis, Bigas revient avec son dernier de la trilogie : LOLA.
Ces trois films présentent le fétichisme, l’érotisme et la sexualité sous des angles assez dégoûtants (plans intrusifs sur les corps comme des morceaux de viande d’un tableau un peu macabre). Sa trilogie est glauque et l’ambiance malsaine transpire sur la caméra et sur les acteurs.
Ce sombre et gore est lié aussi à ses personnages très animaux : la viande presque tout le temps crue que découpe la sœur dans CANICHE, ou l’homme prédateur qui veut dévorer (métaphoriquement ou réellement ?) Bilbao dans le film éponyme, et même la violence des vices dans LOLA, où la consommation sexuelle est une pulsion presque vorace. Et d’ailleurs, la nourriture est partout dans ses trois films et elle est plus ou moins suggestives (le lait par exemple, on comprend rapidement à quoi il peut faire référence). Donc, sans réellement rien montrer frontalement, Bigas parvient à tout nous suggérer visuellement, jusqu’à l’écœurement (estomac sensible à s’abstenir). On peut donc y voir et y ressentir un « croisement entre érotisme et mort » (dixit Maxime Lachaud dans « Bigas Luna La période noire : 1977-1987) Car dans cette trilogie où il n’y a plus de lois morales et où tous les interdits sont bravés, Bigas Luna réagit à la censure qu’a subi le cinéma espagnol, et il y va franco (sans mauvais jeu de mot).
Disponible le 06 mai sur outbuster.com