René Descartes a-t-il des plumes ? Je pense donc je suis… un canari.

Bienvenue chez Ciné-Sophia, entrons dans la volière existentiel et tentons de secouer le cocotier de la métaphysique avec des plumes de canari.

Prenez un jeune homme traumatisé par la guerre du Vietnam qui décide que, tout compte fait, la condition humaine est surfaite et qu’il vaut mieux devenir un serin. Mettez face à lui un Nicolas Cage pré-Volte-Face, le visage enveloppé de bandages, qui tente de le ramener à la raison en lui hurlant dessus. Vous obtenez Birdy d’Alan Parker, un film qui réussit le tour de force de transformer une crise psychiatrique majeure en une sublime dissertation de terminale option "grand frisson métaphysique".

Le premier à s’arracher les cheveux devant le film serait sans doute notre bon vieux René Descartes. Dans ses Méditations métaphysiques, René passait son temps à essayer de prouver que l’esprit est totalement distinct du corps. Birdy, lui, prend Descartes au mot, mais avec la subtilité d’un bulldozer. Puisque son corps a été brisé par l’absurdité du monde des hommes, il décrète la sécession de son esprit.

« Je pense, donc je suis... un canari. »

Voilà le véritable Cogito de Birdy. Le dualisme cartésien poussé jusqu’à la fiente.

S'accroupir nu sur un lit d'hôpital psychiatrique, fixer le plafond et refuser de parler aux humains : si ce n'est pas là une démonstration radicale du doute hyperbolique cartésien, cela y ressemble fort. Birdy pousse le dualisme à son paroxysme absurde : son corps est coincé dans une cellule du Maryland, mais son esprit plane au-dessus des nuages.

Dommage que Descartes n'ait jamais précisé si l’âme immatérielle avait besoin de graines de tournesol pour fonctionner.

C’est là que Jean-Paul Sartre déboule dans la volière, visiblement agacé. Pour l'existentialiste au chewing-gum, l’homme est "condamné à être libre". On ne choisit pas de naître, mais on choisit ce qu'on fait de sa vie. Face à cela, Birdy fait ce que Sartre appelle de la mauvaise foi pure et simple : il refuse sa liberté d'homme pour se réfugier dans l'essence d'un oiseau.

C’est tellement plus simple d'être un piaf ! Un oiseau n'a pas à gérer le stress post-traumatique, les impôts, ou le fait que Nicolas Cage essaie de lui palper les plumes. En se prenant pour un moineau, Birdy fuit sa responsabilité existentielle. C’est le refus tragico-comique de l'angoisse humaine. On imagine Sartre lui crier à travers les barreaux de sa cage : « Mon petit pote, l'enfer c'est les autres, d'accord, mais ce n'est pas une raison pour faire tes besoins sur Libération ! »

Finalement, Alan Parker nous rejoue l'Allégorie de la Caverne de Platon, mais inversée. Pour Platon, les hommes sont enchaînés dans une grotte et prennent les ombres pour la réalité ; le philosophe est celui qui sort pour voir le vrai Soleil. Dans Birdy, la "caverne", c'est le monde réel : la guerre, les traumatismes, la violence de la société américaine. La "vérité" et la lumière, pour Birdy, se trouvent... à l'intérieur de sa cage mentale.

Quand le film se termine sur ce saut final — que nous ne divulgâcherons pas pour les trois personnes qui n’ont pas vu ce chef-d’œuvre de 1984 —, on comprend que le rire de Birdy est la signature même de l’ironie socratique. Les psychiatres le croient fou parce qu'il veut voler, alors que ce sont eux qui restent cloués au sol par leurs névroses capitalistes.

En bref : Birdy, c'est l'histoire d'un homme qui a compris que pour atteindre le Souverain Bien, il fallait parfois accepter de passer pour une dinde.

Un grand moment de cinéma, à regarder de préférence avec un paquet de maïs grillés et un dictionnaire de philosophie générale (pour caler le meuble de la télé).


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le 24 juin 2026

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