Black Adam est certainement ce qui se fait de pire en matière de blockbuster superhéroïque. Son cynisme tient à l’application machinale de programmes narratifs et visuels éculés, vidés de toute originalité et de toute substance sensible. Où est passé l’humain dans ce déluge d’effets numériques au passage inégaux et fort laids ? dans ce désastre mythologique qui échoue à raviver la flamme des esclaves rebelles devenus hérauts d’une révolution populaire ? Car la nullité du long métrage tient aussi à ses prétentions politiques, claironnées par les comédiens en interview : la prétendue réflexion sur la démocratie, la destruction du trône royal pour instaurer le pouvoir rendu au peuple, le ralliement des opprimés derrière un symbole pyramidal… soit un arsenal de clichés jetés de çà de là que ni la progression du récit – mais pouvons-nous véritablement parler de progression ? la course à la couronne dure bien une heure et lasse par l’incapacité chronique des personnages à la mener à terme, la conversion en diable de l’antagoniste interrompt aussitôt l’emprisonnement du héros et annonce la dernière castagne – ni l’écriture des dialogues, ni même la mise en scène ne traitent. Les fantoches virtuels se déplacent à toute allure, cassent des murs et des immeubles, mais jamais ils n’incarnent ; aussi ne savons-nous pas quoi regarder, notre œil glisse sur des images lisses, neutres, opaques à tout intérêt, à toute nouveauté, à tout élan d’imagination.


La musique de Lorne Balfe, qui martèle son thème épique toutes les cinq minutes, plagie le style de Tom Holkenborg ; de même, la réalisation de Jaume Collet-Serra, réalisateur pourtant talentueux d’Esther en 2009 et de The Shallows en 2016, adopte tous les tics détestables d’un Zack Snyder. Le long métrage devient alors un patchwork, suivant les directives d’un studio soucieux d’uniformiser des maillons filmiques d’une chaîne en toc qui écoule sur le marché des produits comme un tapis d’usine fait se succéder des lots assemblés à l’identique. Un spectacle affligeant.

Créée

le 11 nov. 2022

Critique lue 144 fois

Critique lue 144 fois

7
1

D'autres avis sur Black Adam

Black Adam

Black Adam

6

Behind_the_Mask

le 20 oct. 2022

Suivre

Rock éclair : la nouvelle assurance DC de Warner ?

On a déjà vu, chez Disney, de quoi un attelage composé de Jaume Collet-Serra et Dwayne Johnson était capable. Cela s'appelait Jungle Cruise, c'était en 2021, et ça craignait pas mal du boudin. Cela...

Black Adam

Black Adam

8

Fidjing

le 22 oct. 2022

Suivre

Critique de Fidjing : Longue vie au champion!

Ce film d'Action , Fantastique , d'Aventure est de Jaume Collet-Serra .Légers Spoilers .L'histoire nous raconte qu'un esclave Teth Adam a reçu jadis de super-pouvoirs des dieux égyptiens dans...

Black Adam

Black Adam

4

RedArrow

le 20 oct. 2022

Suivre

Le Retour du Champion

Hormis les aventures de Peacemaker en série, "Black Adam" se retrouve finalement seul à représenter le DCEU en 2022 ("The Batman" est à part), avec la lourde charge de maintenir/raviver la flamme...

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

le 1 févr. 2023

Suivre

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

le 19 janv. 2019

Suivre

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

le 11 sept. 2019

Suivre

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...