"J'ai vu des choses que vous, humains, ne pourriez croire" Roy Batty

Le plus grand film de SF que j'ai vu depuis que le cinéma m'a piqué !

Et quel étonnement : Ridley Scott et Harrison Ford me surprennent ! moi qui pensais que leur talent et leur popularité les freinaient à atteindre la transcendance, et bien la voici.


Inspiré par le roman de Philip.K.Dick "les androïdes rêvent ils de moutons électriques ?", ce film, a su tout de même en tirer une originalité exceptionnelle : recevoir l'appellation du "père du cyberpunk" au cinéma.

Sa réverbération n'est pas à négliger, car aucun des "Akira", "Matrix", "Ghost in the shell", "Dark city", "Minority report", "Her" ou encore "Ex machina" n'aurait existé.

J'ajoute aussi la sublime affiche du film qui est pour moi celle que je convoite le plus dans ma vie, mais bon vu le prix, je vais m'abstenir...


Revenons sur le contenu, Ridley Scott nous dépeint cette ville labyrinthique dominée par la technologie, la pollution, la corruption, la misère et la surpopulation. Celle-ci nous engage dans une ambiance oppressante, dominée par les clair-obscur, une nuit perpétuelle et une pluie incessante. Et évidemment ce choix a une importance, on parle de futur, d'un manque de couleur et d'authenticité et une solitude qui a complétement ruiné le monde. On ne reconnait plus l'humain, on se demande même plus souvent qui est humain au lieu de se dire qui est un robot. La civilisation se calque sur une technologie froide, coupant un accès à la liberté décisionnelle. Aucune présence du soleil, ils sont constamment aspergés d'un milliard de lumières artificielles et de publicités commerciales baignées de néons. Ce monde nous prouve que tout peut être obtenu et accessible, mais qu'en est-il le profit ?


Que dire d'une musique parfaite pour symboliser le monde dans lequel nous sommes introduit… de l'électronique bourrée de synthétiseurs. Vangelis nous apporte par une musique froide une orientation très émotionnelle qui colle parfaitement au scénario, elle n'accompagne pas, elle fait partie du récit. Cette immersion à la frontière de la future synthwave, qui en tirera d'ailleurs son inspiration. Ce sont des bandes sons que l'on ne se lasse pas.


Du côté des personnages je n'aurai avant tout pas choisi Harrison Ford car comme je l'ai dit, il est très conventionnel, bon dans la moyenne mais n'arrive pas à se surpasser, surement à cause de la barrière scénaristique. Mais justement ! Ridley Scott lui apporte un personnage qui sers une société froide et robotisée. Donc pour le coup, la froideur et la solitude du personnage lui colle parfaitement. Un Blade runner c'est un outil de violence obéissant à la loi, mais qui est elle-même dirigée par les entreprises milliardaires. C'est seulement au moment où l'intérieur de la carapace du personnage se fissure que H.Ford nous prends aux tripes. La voilà cette humanité que l'on recherche. Sortant direct d'un "anti-héros" qui se fait influencer par ses ennemis, on voit que c'est l'intelligence artificielle qui sauve l'humain. Parlons aussi de l'autre camp, les réplicants, des androïdes assujettis aux humains, plus ils sont développés plus leur date de péremption est courte, pour éviter une "humanisation", ce qui est quand même contradictoire pour une société qui a délaissée l'émotion humaine. Ces réplicants peuvent manger et boire mais ne doivent pas aimer, les sensations sont réelles, mais interdites par l'humain (test de voight-kampff). Certains réplicants ignorent qu'ils sont des androïdes, comme Rachel (Sean Young très charismatique) mais ressentent et cachent ces émotions par menace de la société. Par contre d'autres s'émancipent, comme Roy Batty (meilleur rôle de Rutger Hauer), le bijoux du film, doté d'une intelligence émotionnelle exceptionnelle, il recherche les origines des réplicants. J'invite d'ailleurs à vous renseigner sur le monologue des larmes dans la pluie qui est à étudier pour la compréhension du film (mis en intro).


Tout s'enchaine dans ce film, mais il faut surtout s'attarder sur le concept d'identité. Nos émotions et nos sentiments sont la moelle épinière de l'existence humaine, vouloir s'en arracher mène inévitablement à la déshumanisation, devenir de simples enveloppes corporelles, vide de l'intérieur, comme des machines. Dans ce futur où l'humain est assisté, la technologie à ses pieds, l'intelligence artificielle développée par l'humain se retrouve elle-même enchainée et martyrisée par ce qu'elle est.

L'artificiel frôle l'existence humaine, dotée d'une conscience remarquable, elle essaye ou non de se libérer de ses chaines (ma scène préférée restera celle de Roy tenant une colombe dans ses bras juste avant de mourir). C'est évidemment un débat sans fin avec dictature et censure, l'émotion rends instable, entrainant une peur de l'inconnu, autant alors rester dans le conventionnel, la froideur et la mélancolie. Le regard et l'œil au singulier est aussi un facteur clé du film. C'est un reflet de l'âme et des sentiments, la pupille se dilate.

On peut aussi y ajouter un rôle religieux avec l'oeil de la providence, où l'œil de Dave Holden (dirigeant les employés de la Tyrell Corporation qui domine ce monde) se reflète par le bâtiment pyramidal de son entreprise, une surveillance universelle de l'humanité. Mais il y a aussi cette pluie constante s'inspirant du déluge, lavant les péchés de l'humanité.

La femme a également un grand rôle, comme Ridley Scott a pris l'habitude de le faire notamment avec Thelma et Louise. La femme est dépeinte comme un objet de travail et surtout de plaisir primitif. Le personnage principal n'est pas pour autant innocent car Rachel, dans sa crise identitaire subit les envies d'un humain, sans se rendre compte de son propre consentement. les femmes fortes et indépendantes tel Zhora et Pris sont tuées car ont tentées de se révolter contre la misogynie, alors que Rachel subie mais ne meurt pas, elle se laisse faire car elle est impuissante.


Je le regarderai encore et encore, un bijoux de SF incontournable, beau, touchant, critique et dystopique, mais surtout très juste.

BMaxence
10
Écrit par

Créée

le 28 avr. 2026

Critique lue 12 fois

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