Deckard était un Blade runner, un agent spécialisé dans le retrait de robots organiques, les réplicants. Ces êtres, très semblables aux humains, ne sont pas autorisés sur Terre. Mais six d’entre eux ont réussi à s’infiltrer illégalement. Alors qu’il avait raccroché, Deckard est sommé de s’en occuper.
Ridley Scott est un réalisateur légendaire auteur de nombreux films cultes. Blade runner est un monument de la science-fiction et une référence cinématographique. C’est également un des tout premiers films cyberpunk.
Comme souvent dans ce genre d’œuvre d’art, le résultat est la combinaison de plusieurs talents. Outre la mise en scène de Ridley Scott, la musique de Vangelis contribue fortement à l’ambiance contemplative et fataliste. Enfin, le talent des acteurs porte le film. Harrison Ford, dont la carrière décollait enfin avec Star wars, campe un personnage unique, entre le looser sans honneur et un véritable héros sentimental
qui montre l’apprentissage des émotions inhérent aux réplicants.
Sean Young, très jeune à l’époque (23 ans), joue l’ingénuité à la perfection. Les réplicants, Joanna Cassidy, Daryl Hannah et Brion James, sentent parfaitement leur personnage et leur donnent un élan de dureté impitoyable associé à une naïveté quasi enfantine. Les seconds rôles également, Edward James Olmos, Joe Turkel ou William Sanderson, sont tous justes. Mais la palme revient au grand, au très grand Rutger Hauer. Cet acteur insuffle à son personnage un charisme extraordinaire et rend ce monstre très humain. C’est une prouesse.
L’esthétique est unique. La ville tentaculaire, aseptisée, inhumaine avec sa pénombre et sa pluie incessante, est devenue une référence de la cité cyberpunk écrasante. Les néons, les parapluies transparents et les dirigeables publicitaires en sont autant d’éléments caractéristiques qui se retrouvent dans de nombreuses autres œuvres.
L’histoire, inspirée des androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, est autrement plus prenante que le roman. Pourtant, elle n’en délaisse pas les interrogations philosophiques, et c’est là encore une réussite. Le film alterne des scènes contemplatives, voire méditatives, avec des scènes d’action parfois très violentes. Des décennies plus tard, Mamoru Oshii a repris ce principe dans un autre chef d’œuvre cyberpunk, Ghost in the Shell.
Seule ombre du film, son montage est foiré. En effet, lors de sa sortie en 1982, la scène de la licorne est supprimée, ce qui bloque la chute. En revanche, la version director's cut de 1992, si elle montre bien la licorne, supprime la voix off et donc une bonne partie des explications, mais surtout le rêve ce qui, là encore, bousille la chute.
On ne comprend plus que Gaff connaît les rêves de Deckard comme lui connaît ceux de Rachel, ce qui prouve qu’il est un réplicant.
Ce massacre (saboter la chute d’une telle œuvre d’art est un crime !) est incompréhensible, surtout pour la version director's cut. À cette époque, le film avait déjà connu un vif succès et le cyberpunk battait son plein. Pourquoi un tel sabordage ?
Blade runner est une œuvre incontournable, tant du cinéma que de la science-fiction. Elle cumule une esthétique sublime, une bande-son unique, une histoire passionnante et une réflexion sur la condition d’être humain ainsi que sur sa mortalité nécessaire. C’est un chef-d’œuvre à ranger parmi les trésors culturels intemporels.