Un film que je pourrais difficilement conseiller à quelqu'un, tant il est particulier. A la fois western et survival, Bone Tomahawk est un film extrêmement lent dans lequel il ne se passe pratiquement rien pendant 1h30 et qui n'a d'horrifique que la dernière demi-heure. En revanche, l'horreur est très hard. Difficile donc de le recommander, à part aux fans de films contemplatifs ou d'horreur crue. Si vous aimez les deux, ce film devrait vous plaire.
Même en ayant lu le synopsis, je ne m'attendais pas à ça. On va d'abord passer 45 minutes à Bright Hope (humour !) pour faire connaissance avec les différents protagonistes - un shérif, son adjoint, un fermier et un ex-militaire - et assister aux préparatifs de leur expédition. En effet, la femme du fermier a été enlevée par des indiens, dont on apprend qu'ils appartiennent à une tribu vivant dans des cavernes. On est d'emblée prévenus : ces troglodytes sont particulièrement cruels et dangereux, à tel point qu'ils font peur aux autres indiens.
On va ensuite passer 35 minutes en compagnie de la petite troupe en route pour la Vallée des Hommes Affamés. Ah oui, les troglodytes sont cannibales en plus ! Au début, les hommes sont à cheval, mais une nuit, ils se font piquer leurs chevaux. J'ai oublié de préciser que le mari de la femme kidnappée est parti avec une jambe blessée et qu'il se déplace avec une béquille. L'expédition se poursuit donc à pied et ne se présente donc pas sous les meilleurs auspices...
Après avoir laissé derrière eux le mari handicapé, les trois hommes restants vont enfin arriver au pied des cavernes. La première confrontation est extrêmement rapide et brutale. Les hommes vont être faits prisonniers et traînés dans la caverne. S'ensuit une des mises à mort les plus brutales et traumatisantes qu'on puisse imaginer, et je ne plaisante pas. J'ai mis cinq ans avant de revoir le film à cause d'elle.
Je ne raconterai rien de plus sur la dernière demi-heure, à part qu'elle ne s'arrête pas à cette horrible "mise en bouche" et que d'autres surprises macabres attendent le spectateur (comme les femelles enceintes, entrevues à la fin).
Le film s'achève sèchement et c'est cohérent avec l'absence totale de pathos de l'histoire.
Le film est pratiquement dépourvu de musique, mais la bande sonore est géniale, faisant la part belle aux bruits organiques. On a l'impression d'avoir mal à la jambe et on compatit en entendant les halètements et les gémissements de Patrick Wilson. Les cris effrayants des troglodytes ainsi que les bruits d'os brisés, de chairs perforées et autres démembrements occupent la fin du film.
Le casting est impeccable.
Zahler a réussi un film d'une efficacité redoutable, lui donnant d'abord la forme d'un long western hyper réaliste qui berce le spectateur et lui fait oublier le danger qui est au bout du voyage. Au cours des petites mésaventures des quatre comparses, on apprend à mieux les connaître, on assiste à leurs chamailleries. Zahler utilise aussi l'humour des rares mais savoureux dialogues pour tranquilliser le spectateur. Après ce long voyage pépère, le "réveil" du spectateur est d'une extrême brutalité et on se retrouve en plein cauchemar, comme les protagonistes.
Compter sur la patience du spectateur est un pari audacieux - Ti West avait fait le même avec The House of the Devil en 2009 -, mais Zahler et son film méritent qu'on s'y intéresse.