Le SPECTRE,organisation criminelle internationale,veut dérober à la Russie le Lektor,pas Hannibal mais un appareil de décodage de haut niveau.Afin d'atteindre son but,le gang décide de créer une diversion en incitant les services secrets anglais du MI6 à voler le truc pour eux sans que les rosbifs ne soient au courant de l'implication des malfaiteurs.Pour faire coup double,le SPECTRE s'arrange pour que l'agent britannique James Bond soit chargé de la mission,ceci pour l'éliminer par vengeance,007 ayant précédemment tué le docteur No,membre éminent de l'organisation."Bons baisers" est le deuxième film d'une longue série adaptant les romans de Ian Fleming qui dure encore aujourd'hui,mis en chantier dans la foulée de "Dr No" sorti avec succès l'année précédente.Du coup,toute l'équipe a rempilé,tous les historiques de la saga que sont le réalisateur Terence Young,trois Bond au compteur puisqu'il fera aussi le quatrième épisode,"Opération Tonnerre",en 65,les producteurs Harry Saltzman et Albert R. Broccoli,le scénariste Richard Maibaum,le musicien John Barry,le décorateur Syd Cain,le chef-op Ted Moore,le monteur Peter Hunt et bien sûr le premier titulaire du poste,l'acteur Sean Connery.Tous ont effectué un travail admirable qui aboutit à un enchantement visuel constant.Young,cinéaste généralement juste passable,prouve ici que lorsqu'on lui en donne les moyens il peut livrer un show de grande ampleur et maîtriser récit emberlificoté et séquences d'action échevelées.Le thème musical de John Barry,légendaire et reconnaissable entre tous,accompagne brillamment l'action.La direction artistique de Cain est fantastique,avec des décors insolites de toute beauté.La photo de Ted Moore,présent sur la franchise jusqu'à "L'homme au pistolet d'or" en 74,shootée au Technicolor d'enfer,sublime chaque scène et le montage de Peter Hunt,qui réalisera en 69 l'excellent "Au service secret de Sa Majesté",rend admirablement lisibles les scènes d'action.On peut ajouter à ça les magnifiques costumes dus à Jocelyn Rickards,Eillen Sullivan et Ernie Farrer,et le compte est bon.Mais au-delà de l'aspect graphique chatoyant,l'histoire écrite par Maibaum,qui travaillera sur la saga jusqu'à "Permis de tuer" en 89,est d'une habileté délicieuse,due aussi naturellement à l'imagination de Fleming.Les bases de la franchise sont déjà bien établies dans cette première suite,avec le générique voluptueux,la chanson cool,ici "From Russia with love" par Matt Monro,le pré-générique meurtrier et intrigant,l'ambiance paranoïaque propre à l'espionnage,avec ces manoeuvres d'intoxication,ces doutes permanents,ces faux-semblants et ces trahisons,la scène introductive londonienne dans les locaux du MI6 avec le directeur M,sympa mais inflexible,la secrétaire Miss Moneypenny,qui flirte outrageusement avec Bond sans jamais concrétiser cette attirance,le responsable gadgets Q qui vient présenter son matos à James,puis le départ vers des contrées lointaines où le danger rôde en ces temps de Guerre Froide où services occidentaux et soviétiques se tirent la bourre aux quatre coins du globe.On s'épie,on s'assassine,on se bat et on baise car évidemment les célèbres James Bond girls sont à pied d'oeuvre,toutes succombant immédiatement au charme du séduisant british.Le concept spécifique de la franchise est également déjà là avec la lutte contre le SPECTRE qui éclipse la rivalité entre occidentaux et soviétiques.Ces criminels profitent de la Guerre Froide pour attiser les tensions Est-Ouest mais le vrai danger c'est cette mafia mondialisée qui mine de rien annonce en creux le Monde globalisé d'aujourd'hui avec sa prédation internationalisée.Les Russes ne sont pas les vrais ennemis,même s'ils le seront parfois tout au long de la saga,mais ce sont plutôt les manipulateurs ignobles de cette association occulte qu'il faut combattre.L'essentiel du métrage se déroule à Istanbul,car dans ces Bond initiaux on voyageait moins que maintenant autour de la planète,avant un long final ferroviaire sur le parcours de l'Orient-Express entre la Turquie et l'Italie via la Yougoslavie.Le commander se fait bien pigeonner pendant la majeure partie du film,croyant que les popofs cherchent à le piéger alors qu'ils sont tout aussi manipulés que lui.Le SPECTRE a recruté un ancien officier du KGB,Rosa Klebb,qui fait croire à une jeune et naïve chiffreuse de l'ambassade russe à Istanbul qu'elle est toujours aux affaires.Elle charge donc cette jolie Tatiana Romanova de séduire Bond et de l'aider à piquer le Lektor,ce que la fille,pensant agir sur ordre de sa hiérarchie,va faire sans se poser de questions.Forcément elle va tomber amoureuse de sa cible,ce qui fera capoter le diabolique plan des criminels.Le film est moins dynamique,moins rythmé et moins spectaculaire que les Bond actuels,il propose moins de décors et moins de poursuites et autres bastons,mais son charme rétro agit et il a suffisamment d'atouts pour captiver le spectateur.Des endroits étonnants et magnifiques se déploient sous nos yeux,d'une immense salle vénitienne richement décorée où se déroule un championnat d'échecs à des souterrains inondés menant à l'ambassade soviet,en passant par la basilique Sainte-Sophie.Certaines séquences d'action ne manquent pas d'énergie,comme ce corps-à-corps sauvage entre James et le tueur Grant dans un compartiment de train exigu,une attaque d'hélicoptère bien shootée,une poursuite en bateau se terminant en festival d'explosions ou la terrible Rosa Klebb agressant le héros avec sa chaussure munie d'une lame empoisonnée.Il y a aussi moins de gadgets qu'il n'y en aura plus tard mais ils seront utilisés avec profit par notre espion préféré qui prétendait au départ ne pas en avoir besoin.L'érotisme est également déjà là,dans la limite bien sûr d'une franchise plutôt pudibonde et d'une époque qui ne l'était pas moins.On fait donc dans la suggestion,mais c'est assez efficace,comme en témoignent la troublante scène d'enrôlement de Tatiana par Rosa.La gorgone,visiblement lesbienne,s'arrange pour frôler et toucher la jeune femme avec délectation.Dans le même ordre d'idée on a le massage de Grant par une belle blonde,tous deux étant en maillot de bain,un combat singulier entre deux gitanes se disputant un homme,la très chaude maîtresse très décolletée de Kerim Bey,le contact turc de l'angliche,et bien sûr la coucherie initiale de Bond et Tatiana,filmée à leur insu par les membres du SPECTRE planqués derrière un miroir sans tain.Des scories affaiblissent l'ensemble,avec des séquences ratées comme la bataille au camp des gitans,mal filmée et mal chorégraphiée,ou des transparences trop visibles qui ringardisent certaines scènes,tandis que l'objet que tout le monde veut s'approprier n'a au fond guère d'intérêt et n'est qu'un McGuffin destiné à faire avancer l'action.Sean Connery,tout en élégance et virilité,descend de l'alcool,fume des clopes,tombe les filles et se bat comme une brute sans jamais perdre de vue sa mission.Quel homme!Il est à la tête d'une distribution cosmopolite qui fonctionne très bien.La belle Tatiana est incarnée par l'Italienne Daniela Bianchi,excellente,qui ne fera pas une grande carrière et terminera dans la série B ritale avant de raccrocher.Kerim Bey est joué par la star mexicaine Pedro Armendariz,tout en rondeur sympathique,dont ce sera le dernier film.Atteint d'un cancer,il se suicidera peu après le tournage.La terrifiante Rosa Klebb,c'est Lotte Lenya,chanteuse et comédienne autrichienne qui a surtout travaillé en Allemagne,notamment dans les comédies musicales de Kurt Weill,qui fut son mari,et de Bertolt Brecht,qui la fit triompher dans "L'opéra de quat'sous".Ce casting de physiques atypiques mémorables comprend aussi l'Anglais Robert Shaw,impressionnant dans le rôle de Grant,brute peroxydée sans scrupule,,le Polonais Vladek Sheybal avec sa figure longue et émaciée en champion d'échecs voué au crime,la mignonne Martine Beswick en gitane bagarreuse,qu'on reverra dans la franchise avec un rôle différent et plus important dans "Opération Tonnerre",plus bien sûr les habituels Bernard Lee en M,Lois Maxwell en Moneypenny et Desmond Llewelyn en Q,sans oublier Eunice Gayson qui est la petite amie anglaise de Bond et qui tenait déjà cet emploi dans "Dr No".Quant au chef du SPECTRE,il n'a ici ni nom ni visage,ce dont il sera doté dans les épisodes ultérieurs où l'on apprendra qu'il s'appelle Blofeld et où l'on verra sa tête,plusieurs acteurs le campant au fil du temps.Là,il est cadré au niveau des genous,assis à son bureau avec son fameux chat blanc blotti sur lui.Pour l'anecdote,c'est Anthony Dawson qui endosse ce rôle discret.Notes et critiques de films de Terence Young publiées précédemment:"Soleil rouge"-6,"La fantastique histoire vraie d'Eddie Chapman"-5,"Opération Opium"-3.Moyenne:5,2.

pierrick_D_
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le 8 nov. 2025

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