A priori, il n'y aurait rien d'incohérent à ce qu'un film sur un milieu bien déballant, comme l'est le milieu pornographique, soit aussi peu emballant. Ceci-dit, on a vu tant de réalisateurs sublimer l'inanité narcissique en or pur de la mise en scène (Scorsese et son Taxi Driver, Schrader et son Mishima, De Palma et Phantom of the Paradise), qu'un vrai génie aurait sans nul doute su nous emballer sur un tel sujet. Notre Dédé kokeur (alias Dirk Diggler) qui s'abrutit à la coke - vous me direz qu'il n'avait déjà pas grand chose dans le clou - s'est envolé par magie d'un foyer totalitaire à la mère-pointeuse réglée comme un coucou suisse, dont on n'entendra plus parler passée la première demi-heure. Qu'à cela ne tienne ! Cela présagerait-il d'une farce fantastique à la De Palma où tout est délirant mais délicieux ? Que nenni ! PTA sort la grosse cylindrée pour flamber dedans, tout embagousé de plans-séquence bien rythmés, agrémentés de scènes cultes (trois mafieux confits dans leur naphtaline) pour filer le bling-bling. Boogie Nights est un monstre de virtuosité destiné à forcer le box office par sa maîtrise formelle, mais ce qui l'empêche de tutoyer le génie d'un Scorsese est que la dernière partie montrant la chute des personnages est sans audace ; ce qui l'empêche également de tutoyer le génie du film choral à la Altman est que, étant sans audace, la fin est aussi sans émotion. Seuls les pleurs de Julianne Moore, humiliée en public par son ex mari et perdant la garde de son fils, nous feront toucher quelque chose de la tragédie viscérale qui se joue en toile de fond dans cette histoire. Séquence brève et périphérique. Le personnage de Mark Wahlberg reste étrange, inconnu. Aucune sensibilité ne l'affecte, les tourments physiologiques de la drogue sont l'unique chose qui imprime à sa psychologie un semblant de relief. Amoureux de lui-même, sa vie affective est un néant dont il ne paraît jamais souffrir. Peut-être, cette sensation de manque sur lequel nous laisse le film n'est-elle que le reflet de ce vide ; mais là où un Scorsese aurait introduit une ironie, un décalage entre la psychologie du personnage et la mise en scène, PTA reste dans la platitude et ne décolle pas l'être de sa représentation. La manière dont agit Little Bill lors de la soirée du nouvel an est très révélatrice ; comme pour les parents de Diggler, c'est un événement qui est sans réminiscence dans la suite du film, comme si ce dernier mimait la fuite en avant d'un monde coupé de son passé, comme si tout était aspiré vers le fond damné de l'entonnoir infernal de Dante sans que jamais il n'y ait la possibilité de se retourner. Seulement, rien dans la mise en scène ne souligne l'intention d'une telle profondeur métaphysique, alors qu'encore une fois, un Scorsese d'After Hours serait tout à fait capable de rendre sensible cette dimension par quelques trouvailles stylistiques mettant du sel à l'affaire. En fin de compte, on ne s'amuse pas autant que l'aurait probablement voulu PTA devant Boogie Nights. Les blancs ne sont pas très montés en neige. Manque de finesse.

tempsperdu
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le 17 juil. 2026

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