Excellent début, la façon dont on montre la découverte de la sexualité chez les garçons, vécue sur le mode de la comparaison voire de la compétition ; c'est une découverte collective où les choses se vivent au grand jour, sans pudeur, et dans un sentiment assumé de fierté quant à sa queue. Le contraire total de la manière dont l'éveil de la sexualité se fait chez les femmes. Si le film ne montre pas cet éveil côté féminin, on devine d'autant mieux son caractère compromis devant la frustration de Viola, la maîtresse dont s'éprend Stieg. Elle laisse Stieg venir à elle, non parce qu'il aurait quelque chose de spécial (ce qu'il a de plus spécial est l'innocence de son âge), mais parce que cela l'arrange en lui donnant une occasion de fuir son mari (Frank) impuissant, alcoolique, et qui la dégoûte. On saisit que Viola n'a jamais connu un tel épanouissement sexuel dans sa jeunesse (ni même après) lorsque Stieg avoue à Frank qu'il a si bien baisé sa femme que tout le plaisir qu'elle peut retirer de cette activité est désormais épuisé ("je l'ai tellement défoncée qu'il n'en reste rien"). Aussi, Viola confie à Stieg ne pas s'être donnée facilement malgré de nombreux courtisans ; est donc planté un contexte de sexualité féminine étouffée, occultée, que la relation avec l'adolescent fera voler en éclats, avec un basculement de Viola dans une fureur sexuelle finissant par mêler addiction et harcèlement, mais aussi vengeance lorsqu'elle comprend qu'elle ne pourra pas retenir Stieg d'aller vers une vie normale (avec des filles de son âge) et, qu'elle, devra retourner à son affreuse routine avec son lymphatique mari hantant leur appartement tel un spectre n'ayant plus aucun commerce avec les vivants. De son côté, Stieg fantasme Viola comme une triple figure, à la fois comme femme mature qualifiée, connaissant déjà le sexe, susceptible de lui apporter les bonnes réponses à ses interrogations d'adolescent, mais aussi comme personne cultivée pouvant l'initier à un rang social supérieur à celui de ses parents, et enfin comme figure paternelle (synthèse des deux autres) substituée à la famille défaillante et pouvant intégralement faire l'éducation de Stieg.

L'originalité du film est de ne jamais montrer franchement une seule scène d'ébats sexuels ; ce n'est que par accident, en ouvrant un placard, que l'on découvre avec stupeur le pot aux roses de la maîtresse forniquant avec son élève. C'est la loi du désir que Widerberg filme avant tout, Stieg reniflant le siège sur lequel la maîtresse pose son cul en classe, Viola remontant sa jupe ou déboutonnant sa robe pour dévoiler ses bas, une caresse dans la nuque, des regards humides d'excitation, des sourires complices... Filmer l'ébat ne dit rien du sexe pour Widerberg, celui-ci se montre en filmant le désir.

En fin de compte, le sexe est ici comme un pli mettant en symétrie l'adolescence réussie (Stieg) et l'adolescence ratée (Viola), montrant comment dans la première pénètre déjà le monde adulte pour préparer l'étape suivante, alors que la seconde adolescence se prolonge indéfiniment jusqu'à l'âge adulte pour échouer dans ce marasmique purgatoire d'impuissance alcoolique où même le temps est saoul (la plus grande occupation de Frank est de verser du gin dans une pendule à coucou qui sonne en lui servant des coups).

tempsperdu
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le 15 juil. 2025

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