Retour aux sources pour Olivier Marchal qui, en 2015, adapte une partie du livre de Christophe Gavat, commissaire de police accusé en 2011 de plusieurs sérieuses entorses à la loi, et propose un téléfilm estampillé France 2 couillu et irrévérencieux. Romançant l'histoire vraie pour se focaliser sur l'interrogatoire et en fantasmer la fin, le réalisateur nous sert presque un remake de son premier long Gangsters, où l'on avait déjà droit à un huis-clos mâtiné de flashbacks.
Bien plus sobre que ses précédents films, épargnant le spectateur de ses passages over the top et ses gimmicks les plus appuyés (excepté pour la sempiternelle tuerie en moto), Marchal fournit un travail d'écriture soigné pour un drame aussi intimiste que violent, aussi tendu que touchant, aussi simpliste que maîtrisé. Car au-delà de l'attaque démago contre les méthodes de la justice française et la représentation élémentaire d'une quelconque garde à vue, le réalisateur délivre un face-à-face plus nuancé qu'il n'y parait, d'abord entre ce flic censément corrompu et son interlocuteur de l'Inspection Générale, mais également entre les différentes sections de la police, toutes plus dissemblables les unes que les autres alors qu'elles visent le même but.
Point fort du téléfilm, la confrontation verbale intense entre Bruno Wolkowitch (tout bonnement impressionnant) et l'habituée Catherine Marchal (hélas une fois encore dans un rôle qui lui colle à la peau) ne souffre d'aucun défaut, d'aucune baisse de rythme ni de ringardise. Tout sonne incroyablement vrai, au même titre que les flashbacks divulgués avec parcimonie pour un résultat constamment prenant. Ne vous fiez donc pas aux dernières productions du réalisateur français, ni à l'affiche mensongère, Borderline n'est pas un film d'action, juste un énième film d'interrogatoire pour autant passionnant qui vise juste et, plus encore que les dires de ses protagonistes, questionne sensiblement le spectateur. Un petit tour de force.