C’est ça, la beauté : rien n’est vraiment tenu, tout déborde...

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Un type qui court après la fortune liquide — pas au sens poétique, non, vraiment liquide : le rhum, les barriques, l’océan qui colle aux moustaches. Boulevard du rhum, 1971, Robert Enrico derrière la caméra, et là-dessus Lino Ventura en Cornelius van Zeelinga. Un nom déjà trop long pour rester discret. Il trafique, il file, il s’échappe. On est dans la Prohibition, les garde-côtes aux trousses, le Mexique comme refuge bancal. Et puis… l’inattendu, Bardot. Brigitte en star de cinéma, Linda Larue, apparition-éclair qui tord tout le destin d’un homme. Voilà. Un gangster qui croyait jouer sa survie et qui se retrouve pris dans le scénario d’une autre, celui du cinéma lui-même.


Le film, il tient dans ce frottement-là : l’alcool de contrebande et le fantasme d’Hollywood. Ventura, massif, tout en torse fermé, face à Bardot, pure surface scintillante. On dirait qu’Enrico joue avec le cinéma comme Cornelius joue avec ses cargaisons : trafics, passages, zones troubles. Le réel, l’aventure, la crasse, et tout à coup le vernis du rêve. Ce mélange improbable fait que parfois, le film tangue. Est-ce une fresque d’aventurier ou une romance en carton-pâte ? Est-ce un film d’action sur la mer ou une mise en abyme kitsch du cinéma qui se regarde tourner ? Les deux sans doute. Et c’est cette hésitation qui lui donne, étrangement, sa chair.


Ce qui fascine, c’est la rencontre entre Ventura et Bardot. Pas juste leurs personnages — mais eux, les corps, les voix. Ventura, solide comme un coffre-fort, Bardot, tremblante et sûre à la fois, star dédoublée. Ça ne colle pas, ça ne devait pas coller, et pourtant le spectateur reste accroché, comme hypnotisé par le décalage.


Alors oui, parfois le film s’étire, un peu longuet, deux heures quinze, les séquences maritimes qui ronronnent. Mais on s’en fout, parce que ce qui reste, c’est cette drôle d’impression que le cinéma lui-même s’est pris les pieds dans son propre filet. Boulevard du rhum est moins un film d’aventure qu’une ivresse bancale, une hallucination de celluloïd, où la fuite d’un truand croise la fuite d’une actrice hors d’elle-même.


C’est ça, la beauté : rien n’est vraiment tenu, tout déborde. Le rhum, la mer, les images, les désirs. Et le spectateur, entre deux hoquets, se dit que finalement, ce boulevard n’en mène nulle part… sauf au vertige.

Le-General
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le 28 août 2025

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Le-Général

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