"Breezy", troisième réalisation de Clint Eastwood et première sans sa présence à l'écran (à l'exception d'un caméo), est aujourd'hui reconnu comme une œuvre majeure de sa filmographie.
Distribué de manière limitée par Universal, qui avait soutenu ce projet en signe de reconnaissance envers un acteur/réalisateur prometteur, "Breezy" n'a pas réussi à surmonter la déception du public face à l'absence d'Eastwood au casting.
De plus, le film a souffert d'un sujet peu en adéquation avec les thématiques traditionnellement associées à l'acteur, principalement axées sur le cinéma de genre (policier, western).
Il convient de souligner, une fois de plus, le talent souvent sous-estimé de William Holden, alors en proie à une trajectoire descendante en raison d'une dépendance à l'alcool.
L'acteur, dont l'apparence physique témoignait d'un vieillissement prématuré, fut une figure majeure des années 1950, remportant notamment un Oscar (1953) pour son interprétation d'un sergent peu scrupuleux dans « Stalag 17 » de Billy Wilder, après avoir incarné le jeune scénariste ambitieux au destin tragique dans le film emblématique « Sunset Boulevard » (Billy Wilder, 1950).
C'est pourtant vers la fin de sa carrière que l'acteur a livré certaines de ses meilleures performances dans cinq films remarquables.
Notamment, « La horde sauvage » de Sam Peckinpah en 1969, « Deux hommes dans l’Ouest » de Blake Edwards en 1971, et « Network » de Sidney Lumet.
L’acteur vieilli prématurément a été une grande star dans les années 1950, récoltant au passage un Oscar (1953) pour son rôle de sergent peu recommandable dans « Stalag 17 » de Billy Wilder après avoir été le jeune scénariste bourré d’ambition à la fin tragique dans le mythique « Sunset Boulevard » (Billy Wilder en 1950).
C’est pourtant lors de cette fin de carrière qui s’annonce que l’acteur va donner le meilleur de lui-même dans cinq films excellents.
Tout d’abord « La horde sauvage » de Sam Peckinpah en 1969, « Deux hommes dans l’Ouest » de Blake Edwards en 1971, « Network » de Sidney Lumet en 1976, « Fedora » de Billy Wilder en 1978 et enfin « Breezy » qui nous occupe ici.
Un soir, Harmon, interprété par William Holden, encore en phase de transition, croise le chemin d'Edith Alice Breezerman, surnommée Breezy, alors qu'elle flâne aux abords de sa somptueuse villa de Laurel Canyon, surplombant Los Angeles.
La jeune femme, à peine sortie de l'adolescence, déconcerte par son assurance, son enthousiasme et sa candeur celui qui était sur le point de "jeter l'éponge".
Le sujet développé par Jo Haims, scénariste de confiance de Clint Eastwood avant sa disparition prématurée en 1978, portant sur la relation amoureuse entre un homme de plus de cinquante ans et une jeune fille de dix-sept ans, aurait pu être facilement perçu comme délicat.
On n’ose en effet imaginer le sort réservé à un tel film en pleine ère « me too » .
Ce qui à l’époque avait contribué à atténuer l’image machiste qui collait aux basques de Clint Eastwood, aurait en 2025, peut-être entravé pour un long moment la suite de sa carrière.
Le réalisateur et la scénariste ont démontré une maîtrise remarquable dans l'agencement du rythme et de la tonalité de leur film, dissipant toute ambiguïté quant à la nature de cette relation.
Bien que celle-ci puisse sembler inhabituelle, elle ne présente aucun élément permettant de la qualifier de contre-nature.
Toutes les scènes d’intimité où la jeune actrice apparaît nue sont filmées avec une infinie délicatesse largement due à la définition du personnage masculin et à l’interprétation tout en retenue et en nuance qu’en donne un William Holden en parfaite osmose avec son réalisateur et sa jeune partenaire confondante de naturel en jeune provinciale venue vivre à L.A une aventure hippie qui touche à sa fin.
L'interprétation de Kay Lenz, très appréciée et remarquable, n'a cependant pas conduit à une confirmation ultérieure sur grand écran.
« Breezy », un film romantique d'une sincérité absolue, illustre comment l'amour peut naître et s'épanouir, malgré les disparités générationnelles, sociales ou culturelles, dès lors qu'aucun élément malsain ne vient le compromettre.
Un chef-d'œuvre de Clint Eastwood, injustement méconnu.