On le savait déjà, les réalisateurs hollandais n'ont pas froid aux yeux. Et pour dire les choses comme elles le sont, ce film est insoutenable. Que ce soit le glauque vif, l'absence de morale, les horreurs constantes, la violence crue, il faut avoir l'estomac bien accroché pour parvenir indemne au bout. Brimstone fait dans l'accumulation, la surenchère du malsain. Et la chronologie chamboulée accentue encore la sordidité en ne révélant certaines horreurs qu’en cours de route.


Mais à vrai dire, c'est un peu la même chose que A Cure For Wellness cette année. Certains vont le trouver détestable et ils brandiront l’argument de la gratuité de la violence. La symbolique religieuse est aussi très présente et devient assez lourde. Mais pour moi, un film qui montre des choses horribles, n'en est pas détestable pour autant. J'ai toujours pensé qu'on pouvait aller très loin dans le glauque si c'était traité correctement.


Et c'est le cas ici. D'une part avec une "certaine" vérité historique en explorant les sombres heures de la communauté amish. D'autre part avec une photographie soignée, notamment composée de plans aériens superbes qui nous font prendre du recul, et avec de grands décors reconstruits manuellement.


Evidemment les grandes inspirations viennent des westerns spaghettis, avec un sentiment de The Revenant pour le côté survivaliste. Mais je citerais aussi La leçon de piano de Jane Campion dans les thématiques et surtout le visuel. On retrouve aussi quelque chose de It Follows, avec ce démon qui vous suit partout, qui vous oblige à regarder par dessus votre épaule à chaque instant.


Pour prendre ce film au sérieux, il fallait évidemment des acteurs plus qu'impeccables. Dakota Fanning est dans un rôle qui lui colle à la peau, grande habituée des films du genre. Elle est accompagnée d'un Guy Pearce absolument terrifiant et d'Emilia Jones, la révélation du film. Paul Anderson qui, excusé du peu, sort de Peaky Blinders et The Revenant, est lui aussi très bon. Par contre Kit Harington (Jon Snow), je suis beaucoup moins convaincu par son accent, mais son rôle est vraiment mineur.


Le réalisateur a consacré sept ans de sa vie dans ce projet en prenant d'énormes risques financiers, et l'originalité et la puissance dans l'histoire s'en ressentent. C'est aussi original dans le sens où, si on devait faire un reproche aux westerns traditionnels, c'est qu'ils n'accordaient que très peu de places aux rôles féminins. C'est tout le contraire ici, les femmes sont au centre du récit, elles prennent le pouvoir, elles survivent et se révoltent contre la domination masculine. Mais si le western est survivaliste, c’est aussi parce que c’est au spectateur de les accompagner dans leur combat, dans toutes les horreurs qu’elles vivent.


Voilà, l'expérience est dingue, c'est une apnée constante dans l'horreur et je m'en souviendrai pendant longtemps. J'ai les boules, j'ai les poils, j'ai la haine, j'ai les larmes et j'ai vécu un truc de fou.

Peaky
8
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