Gangrené par ce mal typiquement coréen qui consiste à faire des films beaucoup trop longs, Broken possède toutefois une ambiance singulière ainsi qu’un point de vue relativement original. Partant d’un pitch classique de revenge movie extrêmement prometteur, Jeong-ho Lee développe des pistes de réflexion plus profondes que la simple pulsion vengeresse. En effet, si cette dernière irradie l’intégralité du film, après l’avoir introduit de façon spectaculaire à l’occasion d’une première partie glauque à souhait, elle se met par la suite un peu en retrait. Les bourreaux traqués passent au second plan pour faire place au face à face intéressant qui se joue entre un père bien décidé à sa faire justice et le policier qui le traque, partagé entre un serment qu’il se doit d’honorer et des convictions personnelles plus troubles : à force de voir les bourreaux qu’il a enfermés se construire une nouvelle vie dans laquelle sourire est à nouveau permis le fait se questionner quand à l’efficacité d’une justice somme toute légère quand il s’agit de jugement de mineurs.
Un sujet sensible que Jeong-ho nuance à sa manière. Ses adolescents criminels sont présentés comme des criminels endurcis ultra violents au moment où ils commettent l’irréparable, mais leur véritable statut d’adultes en formation ressurgit quand il est temps pour eux de rendre des comptes. Les gros caïds perdent alors leur assurance, fondent en larme et supplient comme des enfants qu’on les laisse vivre. L’occasion de poser la difficile problématique du crime juvénile : doit-il être jugé de la même manière que s’il était commis par un adulte ?
En alternant les points de vue, celui des victimes, mais aussi des agresseurs, Jeong-ho essaye de cerner le problème mais ne peut qu’y répondre partiellement. Au cas particulier qu’est le drame de son film vient s’accoler une fin implacable au désespoir glaçant. Dans un monde où les adolescentes fugueuses trouvent refuge auprès de maquereaux sans scrupules qu’elles appellent papa, l’innocence d’une jeunesse qui se perd s’est effectivement faite la malle depuis longtemps.
Servi par des acteurs souvent justes, y compris du côté des adolescents, et porté par une photographie qui trouve sa puissance dans l’épure la plus totale —ce père perdu dans la neige au crépuscule—, Broken ne laisse décidément pas indifférent. Est-ce suffisant pour lui pardonner son rythme bancal —était-il judicieux de placer la vraie scène de vengeance en début de film ?—, rien n’est moins sur...
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6.5/10