On sent Nicolas Winding Refn fasciné par la personne de Bronson, jusqu'à presque en faire une sorte d'alter ego. Bronson est pensé comme une sorte d'ersatz d'Orange mécanique, mais de ce point de vue ce n'est pas tellement réussi. Parce que le film de Kubrick réussissait à être dérangeant, en proposant un brûlot anti-système qui interrogeait, de par la personnalité de son personnage principal et par sa séquence finale. Bronson ne manque pas d'effets esthétiques, mais ne choque pas, car le film ne questionne jamais vraiment.
La faute à son personnage, qui ne dépasse que rarement le statut de brute s'exprimant par ses points et par borborygmes. Bronson commence comme le portrait d'un homme qui voulait être célèbre, mais qui n'en avait pas les moyens.
Ah bon? Parce qu'il n'avait aucune prédisposition à être chanteur ou acteur? C'est ce que le film dit carrément. Mais il ne pouvait pas juste, devenir un combattant, genre boxeur ou autre? Il semblait avoir les prédispositions pour.
Bref, en fait de rebelle, c'est juste un sociopathe. Le personnage d'Orange mécanique aussi, me direz-vous. Sauf que Orange mécanique comporte une charge anti-système à opposer au caractère du personnage principal. Ici, ce n'est pas vraiment le cas, et cela manque.
Beaucoup.
Alors, finalement, pourquoi ai-je aimé le film?
Pour exactement l'opposé, en fait. Pour le portrait d'un looser, à la recherche d'une célébrité illusoire, qu'il gagnera paradoxalement en étant le plus lamentable possible. Il est vrai que pour beaucoup, être riche et/ou célèbre est un but en soi. Ce qui, dans le cas de la célébrité, est un non sens total. La célébrité, c'est censé être ce qu'on acquiert en poursuivant un but avec succès, et non le but lui-même. Célébrité creuse qui ressort plus de l'anecdote, donc.
Et de ce point de vue, le film est une réussite.
Le film met en scène Bronson comme dans un one man show, choix étrange mais payant. On le voit enfant, déjà derrière les barreaux de son lit, comme si sa vie était prédestinée. Déjà on sent que cela va être une réécriture, puisqu'on voit littéralement un type qui fabrique sa propre histoire, tentant de la faire devenir une légende, un glorieux destin.
Sauf que.
Bronson se rêve rebelle. Se rêve contre le système. Mais il n'a pas de cause, pas d'idées. Lorsqu'il prend un otage et que le directeur de la prison lui offre ce qu'il veut, il ne peut que dire : "Qu'avez-vous à proposer?"
Une idée particulièrement ironique, c'est qu'il se vante qu'on ne puisse le mettre dans des cases, voulant par là affirmer son originalité, mais passant sa vie dans une cellule de prison, et même à l'isolement, il est de fait dans une case. D'autant qu'il ne sait que reproduire les mêmes schémas, encore et encore. Et donc, s'il se vante de sa situation en prison, cela n'a aucun sens, puisque, devenant une sorte de légende parmi les détenus, par là-même il devient ce qu'il disait ne pas être. Quelqu'un qui s'enferme dans une case.
Bronson ne peut donc qu'être un looser. Il n'a pas assez d'imagination pour devenir ce qu'il rêve d'être, à moins que ce ne soit plutôt pas assez d'imagination pour voir que ce qu'il rêve d'être est aussi ce qu'il refuse d'être.
Son horizon s'avère aussi étriqué que sa cellule, et il se piège lui-même dans un mouvement sans fin consistant à restreindre de plus en plus sa liberté, par la manière même dont il l'exprime.