Elvis Presley, toujours vivant mais malade et pensionnaire d'une maison de retraite au Texas, est désormais âgé. Aidé de Jack, un autre pensionnaire afro-américain affirmant être John F. Kennedy, il va devoir affronter une momie antique égyptienne qui tue les personnes âgées de la maison en se nourrissant de leurs âmes…
Voilà un film indépendant franchement foutraque, oscillant sans cesse entre la comédie — souvent graveleuse — et une forme de tragédie douce-amère. Don Coscarelli se moque ici totalement de toute vraisemblance pour ne s’attacher qu’au pouvoir émotionnel de son récit, assumant un postulat absurde qu’il traite pourtant avec une sincérité désarmante.
Derrière son argument de série B délirante, Bubba Ho-tep se révèle être un hommage inattendu au mythe Elvis Presley, réduit à l’état de vieillard presque grabataire, hanté par ses regrets : celui d’avoir sacrifié une part essentielle de sa vie intime au profit de la légende, de ne pas avoir s’occuper de sa fille comme il l’aurait dû. Cette déchéance du corps et du mythe confère au film une dimension mélancolique qui contraste avec son humour souvent trivial.
Le film dépasse ainsi largement son simple vernis fantastique. La momie, certes un peu ridicule mais dotée d’un certain sens de l’adaptation — jusque dans son accoutrement —, importe finalement moins que ce qu’elle révèle : l’abandon des personnes âgées, la solitude, la maladie et la peur de disparaître sans laisser de trace.
Au cœur de ce dispositif, l’amitié improbable entre deux figures mythifiées et déchues — Elvis et un John F. Kennedy réinventé — apporte au film une humanité inattendue, faisant de Bubba Ho-tep une œuvre singulière, à la fois grotesque et profondément touchante.