Bugonia
6.9
Bugonia

Film de Yórgos Lánthimos (2025)

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Nouvel opus de l'œuvre biscornue du Grec devenu Américain, après l'hideux Pauvres Créatures et le foutraque seulement pour l'être Kinds of Kindness.

Avec Bugonia, Lanthimos fait se confronter deux mondes qu'il hait l'un autant que l'autre. D'un côté celui de la bêtise crasse d'une Amérique décérebrée, en proie à tous les discours complotistes aux tendances fascisantes, celui du sentiment de destinée, de la vengeance d'un mal supposément fait et du refus en bloc de la science. De l'autre, celui du capitalisme manipulateur et froid, de la responsabilité individuelle déconnectée de tout déterminisme, de la réussite brandie en étendard et de la fin de l'histoire portée par des individus robotisés et insensibles.


On est ballotté, au cours de ce récit, de la pitié pour l'un, les petites gens qui tentent de se venger d'une horreur faite en s'attaquant avec leurs moyens maladroits à l'industrie agroalimentaire (David contre Goliath), ou pour l'autre, cette femme kidnappée et torturée par deux cinglés (Emma Stone, masochiste qui aime décidément pousser son corps dans ses retranchements).

Mais nul n'a pour le réalisateur de grâce à ses yeux, tous enfoncés dans la même laideur et aucun ne faisant "honneur à l'espèce".


Dans la forme, Bugonia continue le tracé de son auteur, opposant sa rigidité formelle à un scénario tordant habilement les codes de genres classiques pour promener habilement et sans transition le spectateur entre la comédie bouffonne à l'américaine et l'horreur dérangeante et gore à la Misery.


On pourra reprocher à l'auteur que la vengeance contre le capitalisme debridé et meurtrier, sa violence sociale et écologique et ses mensonges odieux, soit incarnée ici par des cas sociaux (Jesse Plemons dans ce rôle est parfait), sur lesquels le film déverse une moquerie classiste facile (le comique raté des premières scènes), reléguant ainsi cette lutte politiquement saine à un délire psychiatrique.


Mais Lanthimos n'en a cure. Son film, malgré sa dualité simple et son dispositif en quasi huis clos efficace, est comme un résumé de l'époque, bien plus malin que ce qu'a tenté quelques mois plus tôt son collègue Ari Aster avec Eddington ; une polarisation sans solution, une opposition de deux pensées irréconciliables, et un gloubiboulga indigeste où chacun prétend détenir la vérité, sa vérité, et accuser l'avis différent de fake news (suivez son regard), le tout synthétisé dans une brillante séquence de dîner aux deux extrémités d'une table.


On pourra alors se demander si l'issue finale, prévisible, et qui voit Lanthimos renouer avec le gothique d'une laideur confondante de Pauvres Créatures, n'est pas douteuse, tant elle semble adouber le pire du complotisme et y céder sans vergogne.

Ou peut-être n'est-elle simplement que le pied de nied nihiliste (et génial ?), en quelques tragiquement belles vignettes, d'un réalisateur qui, au sommet de sa misanthropie, n'en a désormais plus rien à foutre de l'humanité.

Créée

le 28 déc. 2025

Critique lue 21 fois

Charles Dubois

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