Je ne garde que quelques souvenirs épars de Save the Green Planet !, découvert en 2005 au Festival de Gérardmer, mais je me rappelle bien son esprit débridé et sa folie burlesque...
Bugonia reprend cet ADN tout en le réinterprétant à la manière de Yorgos Lanthimos : un film plus sombre, resserré, mais traversé de fulgurances d’humour décalé dont le réalisateur a le secret.
Lanthimos enferme son actrice fétiche, Emma Stone, dans un huis clos au format 2/3: un cadre contraint qui isole et enferme autant qu’il permet des gros plans presque intrusifs sur ses émotions, révélant tour à tour ses fragilités et ses forces.
Jesse Plemons incarne magistralement un complotiste tantôt crédule tantôt menaçant. Son jeu est d’une précision redoutable : chaque regard, chaque inflexion de voix installe une tension constante.
Le réalisateur grec joue de ses cadrages caractéristiques, jamais vraiment à hauteur d’homme, pour dérégler subtilement la perception du spectateur et installer un malaise diffus.
Une question traverse tout le film: entre Vérités et Mensonges, quelle différence ?
Cette phrase résume l’ambiguïté permanente de Bugonia, qui s’amuse à brouiller les repères, à déplacer les lignes du complotisme pour mieux questionner ce que l’on tient pour acquis.
L’habillage sonore, discret mais redoutablement efficace, participe pleinement de cette atmosphère : il surprend, inquiète, oppresse parfois.
Un objet étrange, captivant, et furieusement lanthimosien.