Signant le remake du film coréen «Save the Green Planet» (que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir), le réalisateur Yórgos Lánthimos nous narre l'enlèvement de Michelle Fuller, la PDG d'une grande entreprise pharmaceutique, par Teddy et son cousin Don, persuadés que celle-ci serait en réalité une alien en provenance de la galaxie d'Andromède et dont l'espèce contrôlerait l'humanité.
À travers cette histoire perchée, le cinéaste met face-à-face capitalisme exacerbé (représenté par Michelle) et complotisme obsessionnel (représenté par Teddy), la patronne face à l'employé, et une communication rompue d'avance,
d'autant que le second en veut personnellement à la première pour ce qui est arrivé à sa mère.
Un face-à-face verbal et psychologique, porté avec talent par Jesse Plemons et la muse de Lánthimos, Emma Stone (qui nous fait ici une «V pour Vendetta»).
Ils sont la force principale de ce thriller satirico-politique où chacun.e veut à tout prix faire entendre sa "vérité" (et, quelque part aussi, son ego) à l'autre, même celle que l'autre ne veut pas entendre. Une confrontation arrivant à son apogée lors d'une scène de repas de plus en plus tendue.
Et entre ces deux personnalités influentes, Don (interprété par le débutant Aidan Delbis), le cousin, le suiveur, manipulé par l'un comme par l'autre.
Un film réussi et assez tendu et immersif, malgré une musique grandiloquente et quelques plans gores pas forcément très utiles.
Mais surtout un film qui,
de par son twist final en mode S-F (que je redoutais assez vite et espérais n'arrive pas), vient casser, de manière un peu gratuite, cette ambiguïté manipulatrice qui faisait, à mes yeux, la vraie force du film.
Dommage.
Une sorte de «Misery» version QAnon, bataille des "vérités" dans un monde aux langages déconnectés, portée par un très bon trio principal, mais à la conclusion facile et maladroite, déconstruisant ce qu'elle avait construit jusque-là.