C’est attesté : Lánthimos est maître de son genre et nous régale avec ce chef-d’œuvre d’intrigue absurde.
La trame scénaristique est un écho direct à l’absurdité du genre humain, avec ses dérives et ses extrêmes. Il en dresse le portrait à travers deux profils dont les oppositions respectives sont aux antipodes :
d’un côté, deux protagonistes issus d’une classe très modeste, évoluant dans une sphère complotiste convaincue d’être victime du système ; de l’autre, le privilège social, le pouvoir et la domination incarné par la femme d’affaire de l’année.
L’esthétique de la réalisation, l’enchaînement maîtrisé des plans et les choix de cadrage en disent long sur le point de vue à adopter. On suit le récit depuis la perspective des deux complotistes, dont le dessein suscite à la fois un sentiment d’aberration et d’empathie.
Le kidnapping, aussi naïf que parfaitement exécuté, inverse les rôles. Emma Stone, avec sa férocité d’acting, m’a subjuguée.
Les opprimés détiennent désormais le pouvoir. On bascule dans un huis clos où les attentes reposent sur la confrontation, et sur la tentative de fuite, ou non, de la captive.
Lánthimos joue sur le fil et pousse l’intrigue : les dialogues et les retournements de situation nous laissent parfois entrevoir la vérité pour finalement revenir au statu quo.
Le rapt se poursuit vers l’extérieur et nous offre dix dernières minutes jubilatoires, où l’absurde atteint son apogée. L’arrivée dans cette esthétique andromédienne fait écho au surréalisme et propose une science-fiction sans équivalent.
Ces deux parcours idéologiques suivent, de toute évidence, la métaphore des abeilles et nous laissent sur un final où les cartes sont rebattues : la vérité se trouve dans les deux camps. C’est sublime.