Le réalisateur grec, tantôt clivant, tantôt adulé en est son troisième film en 2 ans, toujours dans la satyre, plus noire que jamais. Une histoire de complotistes qui kidnappe la PDG d'un grand groupe pharmaceutique, avec Emma Stone et Jesse Plemons. Je me frottais les mains d'avance, encore une histoire bien "in your face" sur notre situation géopolitique actuelle. Entre Ari Aster, Paul Thomas Anderson et lui, j'ai l'impression qu'ils se sont passé le mot cette année pour nous produire de grandes fresques anti-capitalistes et anti-Trump.
Yorgos Lanthimos a toujours eu une certaine science du malaise, administré par des plans cliniques et un découpage anxiogène. Ici, dès l'introduction, on est assailli par un climat nauséabond, qui met en parallèle la folie organisée des complotistes, et l'absurde des règles qui régissent les grandes sociétés. Deux aliénations qui vont s'entrechoquer dans un huis clos où la vérité n'a plus de sens pour personnes, ou une chambre d'écho comme c'est évoqué. Les théories du complot, les aliens, tout ça, c'est aussi un terrain de jeu pour le réalisateur qui aime casser les codes et utiliser l'absurde pour faire rire, surprendre ou même dégoûter.
Pourtant, dans cette mélasse, où tout se veut répulsif, je ressens une certaine candeur pour ses personnages des plus antipathiques. Peut-être suis-je biaisé par mon amour du duo d'acteur, qui après Kinds of Kindness revient encore plus habité... Ils sont horribles mais attachants, preuve que Lanthimos a voulu resserrer son histoire sur l'humain.
Car Bugonia, c'est évidemment un film engagé, qui dans un sens premier montre le dysfonctionnement d'une société malade gangrené par le capitalisme détruisant à petit feu notre planète. Mais par ce Micmac qui fait s'entrechoquer littéralement deux mondes, on nous conte une perte d'entente entre le peuple et les instances supérieures et leur autodestruction inévitable où tous seront punis peu importe leur statut ou leur morale. Et c'est pour ça que les plans prophétiques de la fin me font cauchemarder parce qu'à l'instar d'un Koyaanisqatsi 40 ans avant, annoncent un échec qui est de plus en plus inéluctable.