Depuis ces dernières années, Yórgos Lánthimos a gagné en popularité mais nous a également habitué à l'excellence, enfin je suis en tout cas très client de ce qu'il fait, et il était parvenu à se surpasser dans chacun de projets. Jusqu'à maintenant.
La PDG d'un gros groupe pharmaceutique est kidnappée par Teddy et son cousin car ils sont persuadés qu'elle vient d'une autre planète.
Évidemment, on reconnait déjà le style un peu barré du réalisateur dès le synopsis qui nous a toujours habitué à des histoire atypiques. Ce qui se confirme ensuite dans la mise en scène, toujours très élégante, léchée, remplie de plans originaux avec juste cette petite dose d'étrangeté qui souligne celle déjà apportée par le récit. Mais si nous sommes donc dans un pur Lánthimos (et encore, l'ensemble reste assez gentillet et moins excentrique par rapport à ce qu'il a pu nous proposer auparavant), je dois bien avouer que je me suis quand même un peu ennuyé !
Je trouve que le film a du mal à décoller, on s'attache à l'héroïne, d'ailleurs interprétée par l'actrice fétiche du réalisateur, Emma Stone, qui excelle comme à son habitude, mais on ne rentre jamais vraiment dans cette histoire qui joue d'ailleurs volontairement entre fantasmes et réalité. Et ça, ça s'inscrit parfaitement dans le contexte américain Trumpiste, c'est-à-dire cette espèce de parano constante alimentée par des théories du complot (en plus, on parle ici de lobbying pharmaceutique, d'une peur alimentée par les réseaux sociaux etc.) ; d'autant plus qu'ici, les antagonistes sont un peu les rednecks du coin (donc des républicains ; c'est un cliché du cinéma américain mais on ne s'étalera pas là-dessus ici). Ce sont des thèmes régulièrement exploités dans le cinéma américain récent mais le réalisateur s'en amuse beaucoup, notamment avec la fin du film, en plus d'être sacrément nihiliste.
On peut également y interpréter une simple lutte des classes, une scission évidente entre les "riches" et les "pauvres" ou, pour reprendre les propos de l'héroïne, entre les "winner" et les "loser". Encore une fois, ce sont des thématiques intéressantes mais j'ai l'impression que c'est juste posé là sans que le réalisateur n'en fasse grand-chose.
Bref, "Bugonia" est donc tout de même, dans l'ensemble, un bon film mais reste assez faiblard par rapport à ses précédents.