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le 28 nov. 2025
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Où sont mes cheveux ?
Deux énergumènes gagnés aux élucubrations conspirationnistes enlèvent la présidente d’un conglomérat illustre, persuadés qu’elle serait une créature d’outre-monde vouée à l’anéantissement terrestre.
Dans ce métrage, le cinéaste orchestre une polyphonie générique d’une audace insensée. Cette œuvre ténébreuse se déploie comme une fable contemporaine où la bêtise érigée en opinion souveraine devient une hydre grotesque, se contorsionnant sous l’œil goguenard d’un réalisateur jubilatoire. Dès les premiers instants, on pressent la férocité d’un propos qui s’insinue partout, avec l’insistance d’une liane proliférante, pour examiner les travers d’un monde saturé de certitudes péremptoires.
La PDG, figure d’un capitalisme vorace et entomophage, est campée avec une vigueur déconcertante. Sa silhouette, toute en froideur calculatrice, personnifie un système devenu si autonome qu’il en paraît phylogénétique, tel un organisme parasitaire aspirant, avec une placidité terrifiante, la sève même de la société. Le film la dresse en minéral fuligineux, emblème d’une avidité qui ne connaît plus ni bornes, ni morale, ni sens commun.
À travers elle, la pellicule devient une métaphore acérée des structures contemporaines du pouvoir économique : des structures qui se recomposent, se répandent, et phagocytent tout ce qu’elles effleurent.
Le métrage s’imbibe d’une ambiance de suspicion si importante qu’elle semble goutter des murs, palpable, énigmatique, suffocante. Chaque regard se charge d’une duplicité possible, chaque silence s’alourdit d’un sous-texte méphistophélique. Le réalisateur distille ce climat délétère avec une précision ciselée, créant une atmosphère qui confine au délire hermétique, où l’esprit du spectateur vacille dans une brume de doutes et de perceptions contrariées.
Ce qui stupéfie, peut-être davantage que la virulence du propos, c’est la manière dont le film marie, avec une grâce insolente, la comédie satirique, le thriller d’enlèvement et la science-fiction la plus débridée. Cette coexistence hétéroclite, loin de mener au chaos, donne naissance à une fresque stylistique d’une cohérence paradoxale. Le réalisateur jongle avec ces registres multiples avec une maîtrise technique saisissante, instillant une jubilation qui vire fréquemment au vertige. On rit, certes — d’un rire noir, fulgurant, presque spasmophile — mais l’on tressaille aussi, tant l’ensemble forme un concentré de violence et de cruauté qui tire ses racines dans les zones d’ombre les plus intimes de l’humain.
Le film se resserre progressivement en un huis clos d’un absurde délectable, où les personnages semblent coincés dans une chorégraphie désaxée, une pantomime de pulsions contradictoires et de révélations inopinées. La dynamique qui s’installe, tourbillonnante, frôle parfois la commedia dell’arte, mais une commedia plongée dans un bain d’acide, où chaque geste est surligné d’une ironie corrosive.
Au cœur de cette sarabande hallucinée trône Emma Stone, dont le crâne rasé devient un symbole autant qu’une déflagration esthétique. Dépouillée de tout ornement capillaire, elle incarne une radicalité, une densité émotionnelle que la caméra semble vouloir scruter jusqu’à l’os. Son visage, ainsi mis à nu, acquiert une puissance lithique ; il devient un masque tragique et mutin, capable de passer de la frayeur à la manipulation en un clignement de paupières.
Bugonia surgit comme un objet filmique électrisantissime, pour ainsi dire, un composé subtil où les idées vénéneuses se mêlent aux éclats d’humour noir. C’est un film baroque, torrentiel, parfois sibyllin, mais toujours captivant. Une œuvre qui exige, qui mord, qui ricoche sur la conscience du spectateur avec une intensité que l’on pourrait qualifier de véritablement exomphale. Bref, un prodige de cinéma, aussi cruel que jubilatoire.
Créée
le 28 nov. 2025
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