Bugonia
6.9
Bugonia

Film de Yórgos Lánthimos (2025)

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Voilà, c'est le premier film que je regarde de Yórgos Lánthimos. Ce fut une expérience dérangeante et donc plaisante. Ne sachant pas trop à quoi m'attendre (un complotiste qui enlève une femme d'affaire, c'est tout), j'ai plongé joyeusement dans l'inconnu.


Car il faut dire que le réalisateur a cette réputation de pouvoir nous emmener assez loin dans la folie. Ici, il s'agit d'un remake de Save the green planet ! (que je n'ai pas vu, donc ne peut pas comparer). Le nom du film vient de cette légende (grecque) qui affirme que les abeilles naitraient des carcasses de boeuf (Boeuf -> Bou / Gonia -> Engendrement). Je ne l'ai su qu'après. Une métaphore pour dire que du chaos, de la mort, nait la vie. Ce que porte bien ce film à tous points de vue.


Le duo Teddy (Jesse Plemons, parfait comme d'habitude pour jouer des gens pas tranquilles dans leur tête) Michelle Fuller (Emma Stone, très maltraitée dans ce film, et irréprochable) est sous tension constante. On passe d'un sentiment à l'autre, on est perdu. On croit seulement savoir que Teddy est un peu fragile et donc timbré et que Michelle Fuller, bien que victime, est plus forte psychologiquement que son ravisseur. Le cousin est là pour détendre un peu l'atmosphère. Il ne sait pas trop ce qu'il fait là.


Difficile de parler de tout ce qu'on ressent sans spoiler ce film. Mais Yórgos Lánthimos se met clairement du côté des ravisseurs : il met en opposition deux personnes qui n'ont pas les mêmes moyens.

D'un côté, un petit gars perdu dans sa campagne qui s'accroche à des théories complotistes et dont les ressorts intellectuels sont limités. Et surtout, il est simple. Il sait qu'il va avoir affaire à une redoutable manipulatrice. Qui elle, est dépourvue d'empathie, et déballe ses théories et sa communication d'entreprise sans âme tant que cela lui permettra de s'en sortir. Ce qu'on peut comprendre. Mais clairement, Lanthimos, globalement, nous met du point de vue de Teddy. On n'a pas envie de croire à ses sornettes, mais on a envie qu'il s'en sorte mieux que Fuller.


Et c'est ça la force du film. Nous faire comprendre que l'ennemi, ce n'est pas le complotiste, mais c'est tout ce qui a fait qu'on en est arrivé là. La communication des professionnels de la communication, en tête desquels les grandes entreprises et les politiques. L'important, ce n'est pas la vérité, c'est de croire en leur discours. Et si ces derniers n'avaient pas autant menti (et pas que les populistes - et encore il faudrait définir le populisme), alors les plus grands perdants de notre civilisation occidentale ne se replieraient pas sur des théories fumeuses.


En tout cas, j'avais la conviction de ce POV jusqu'à 10 mn de la fin du film. Mais je pense encore qu'il y a quand même de ça, même si le doute peut être permis. Mais c'est aussi le projet du réalisateur : nous perdre.

Y compris avec sa mise en scène, qui alterne froideur, grotesque, sublime sans jamais se poser.


Un très bon moment.


John-Peltier
8
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le 10 déc. 2025

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