Bugonia, c’est exactement le genre de projet où tu piges tout de suite que Lanthimos n’est pas venu pour faire un “petit film chelou de plus”. Le pitch, à la base, est presque trop simple pour être vrai : deux types persuadés d’avoir découvert que le monde est contrôlé par des extraterrestres en costard-cravate, et qui décident… de kidnapper une femme pour “la sauver”. Un point de départ sec, presque abstrait, qui pourrait tenir sur un post-it. Mais comme toujours avec Lanthimos, c’est juste la première marche. Très vite, tu sens que Bugonia parle surtout de croyance, de manipulation, de la manière dont on s’invente des ennemis pour éviter de regarder ses propres failles. Et cette idée-là, il la pousse à un niveau assez jouissif — même si clairement, ça va diviser, parce que le film est aussi barré qu’inconfortable.
Ce qui frappe immédiatement, c’est le mélange de cruauté et d’humour. Le film passe d’une absurdité totale à des moments presque tendres, puis replonge dans un malaise visuel à la seconde d’après. Il n’y a pas une scène qui ressemble à la précédente. C’est du Lanthimos pur jus : cadrages étranges, dialogues volontairement décalés, personnages coincés entre le grotesque et le tragique. Et cette fois, il ajoute une énergie paranoïaque qui donne au film un rythme presque “thriller”, sans jamais sacrifier son côté profondément weird. Et honnêtement, moi, j’ai trouvé ça souvent vraiment marrant, quasiment malgré moi.
Les acteurs jouent pile sur la frontière entre le ridicule et le glaçant. Ils sont fascinants à regarder, parce qu’ils ne cherchent jamais le naturel. Ils cherchent le vrai derrière l’artifice — et ça marche. La mise en scène fait le reste : des compositions froides, des ruptures absurdes, des petites trouvailles visuelles partout, comme si Lanthimos s’amusait avec nous tout en nous poussant dans nos retranchements.
Au fond, Bugonia, c’est un film sur la peur qu’on a du monde, sur ce besoin compulsif de mettre un visage sur ce qui nous dépasse. C’est tordu, c’est brillant, c’est inconfortable, c’est complètement barré — et parfois, ça part trop loin. Mais justement : c’est ce qui fait son charme.
Et franchement ? Moi, j’ai aimé. C’est bizarre, c’est libre, ça ose, et ça n’a pas peur de diviser. Et ça, ça fait du bien.