Burn Out
6.4
Burn Out

Film de Yann Gozlan (2017)

Sympa. Particulier, mais sympa. Très sympa. Le bien nommé Burn out constitue (pour moi) la première réelle surprise de l’année 2018. N’ayant pas bénéficié d’une promo tapageuse, le troisième long métrage du peu prolifique Yann Gozlan (3 films en 8 ans) est arrivé en toute discrétion dans les salles. La preuve : au moment où j’ai écrit ces lignes, peu d’internautes avaient pris la peine de s’adonner à la critique, alors que ce film en était à son sixième jour d’exploitation. Pour mémoire, je n’ai vu sa bande annonce qu’une seule fois dans les salles, et pourtant j’en ai fait quelques-unes auparavant ! Résultat : nous n’étions que sept ou huit personnes dans une grande salle. Bref, on s’en fout.

Qu’en est-il ? Eh bien Yann Gozlan prouve à son tour qu’on sait faire de bons films, en France. Parce que… qu’est-ce qu’il est prenant ! Et s’il est prenant, c’est bien sûr grâce à l’ambiance particulière qui a été instaurée, mais aussi parce que l’histoire peut se transposer à n’importe qui d’entre nous. Pas par le fait que n’importe qui pourrait prétendre à disputer le championnat de Superbike, mais par le mécanisme infernal de l’engrenage. Il en résulte un film à mi-chemin entre l’action et le drame, tendu à souhait, dans lequel le suspense devient parfois intenable. Impossible de ne pas prendre fait et cause pour ce pilote de 26 ans. Pire, on s’inquiète pour lui. On en vient même à fermer les yeux quand il prend des risques insensés ! Mais allez-y, stressez : non seulement c’est permis, mais en plus les accoudoirs ont l’habitude d’être triturés. Alors bien sûr, certains rechigneront sur le fait que moult libertés ont été prises par rapport au roman de Jérémie Guez.

C’est vrai. Cependant on pardonnera volontiers ces variantes pour la bonne et simple raison que rares sont les films qui baignent dans l’univers de la moto. Et là, tout a été fait (enfin je crois) pour donner un rendu le plus proche possible de la réalité. Cela va des conditions de visibilité (parfois exécrables à cause du soleil, de la pluie, ou même de la nuit) aux petites dérobades du pneu arrière. Et puis surtout, ce sont les prises de vues ! Et si le rendu est aussi réussi, c’est également grâce aux caméras embarquées (qu’elles soient extérieures ou à l’intérieur même du casque), n’économisant pas le spectateur sur les phénomènes vibratoires dus aux trépidations de la machine et à la granularité du bitume, sans parler de l’enivrement causé par le défilement des lumières et/ou des marquages au sol devenu hystérique par la vitesse. Et en plus, le spectateur se rend mieux compte de l’impact physique du sport moto de haut niveau.

En revanche, Yann Gozlan a voulu un peu trop abuser des effets de style. Ça sent un peu le sensationnalisme. Certes les phases de concentration sont bien décrites, mais par ailleurs quelques ralentis sont en trop.

Malgré cela, on suit avec intérêt… que dis-je ? on vit la descente aux enfers de Tony, superbement interprété par François Civil, littéralement habité par les incertitudes du devenir de son personnage et l’inquiétude qui va avec. Poussé par l’envie de protéger son amie, (et par conséquent son fils), on le sent irrémédiablement pris au piège dans une mécanique qui le dépasse alors qu’il doit gérer dans le même temps son job et son passage pro en sport moto.

En somme, on se prend à craindre le pire pour lui

tant on le voit glisser vers un état d’épuisement physique et moral (parfaitement décrit là aussi).

Et la très bonne partition de Grégoire Auger participe beaucoup à notre totale empathie envers Tony. Mais à aucun moment, on ne voit comment ça va finir, à plus forte raison si on ne connait pas le bouquin. En effet tous les scenarii sont envisageables. Et c’est là qu’on se rend compte que chaque personnage présenté a son importance, alors qu’on avait tendance à oublier certains d’entre eux.

Mention spéciale aussi à Olivier Rabourdin dans la peau de Miguel, en apparence gentil mais infiniment plus dangereux que son poulain Jordan, brillamment interprété par Samuel Jouy,

très convaincant en petit dur qui se la joue gros par les intimidations verbales et physiques, alors que finalement, devant son mentor…

Enfin voilà. En sortant, il est bien possible qu’en croisant les sacs à dos dans la rue, vous vous surpreniez à les regarder autrement…

Stephenballade
8
Écrit par

Créée

le 17 mars 2025

Critique lue 8 fois

Stephenballade

Écrit par

Critique lue 8 fois

D'autres avis sur Burn Out

Burn Out

Burn Out

7

Jubileus

95 critiques

LA surprise de ce début d'année.

Compte tenu de la frilosité du cinéma hexagonal actuel, il est compliqué d'aborder sans apriori aucun, une oeuvre française dite de "genre". Que ce soit dans le registre du film d'action, du...

le 13 janv. 2018

Burn Out

Burn Out

6

Dagrey_Le-feu-follet

1457 critiques

Pègre gitane vs Gang de Blacks

Tony veut devenir pilote de moto professionnel. Il travaille à mi temps. Il apprend que son ex, qui est aussi la mère de son fils, a des problèmes avec la pègre manouche. Il accepte de travailler...

le 11 janv. 2018

Burn Out

Burn Out

7

Frédéric_Perrinot

493 critiques

Shoot d'adrénaline

Yann Gozlan est de ces cinéastes français qui aimeraient bien faire leur trou dans le film de genre mais qui se retrouve dans une industrie où de tels films sont difficiles à produire. C'est d'autant...

le 6 janv. 2018

Du même critique

Green Book - Sur les routes du Sud

Green Book - Sur les routes du Sud

9

Stephenballade

329 critiques

Sur les routes de l'éducation et du respect mutuel

"Green book – Sur les routes du sud", c’est le genre d’histoire dont tout le monde a besoin. Si nous la découvrons aujourd’hui, nous la devons à la descendance directe de Tony Vallelonga, en...

le 8 févr. 2021

Blow Out

Blow Out

9

Stephenballade

329 critiques

Brillant De Palma

Voilà un film au suspense hitchcockien, doté d’un scénario on ne peut plus original. Certains diront qu’il a un peu vieilli, moi je dis qu’il respecte l’esprit de l’époque dans laquelle se déroulent...

le 1 févr. 2021

Mon nom est Personne

Mon nom est Personne

9

Stephenballade

329 critiques

Valerii à la sauce Leone

"Mon nom est Personne" est un des derniers westerns spaghettis de l’histoire du cinéma sinon le dernier, du moins qualitativement parlant. La première séquence met tout de suite le spectateur dans le...

le 16 nov. 2020