Michel et Hélène Dupuis (Didier Bourdon et Elsa Zylberstein) sont un couple lambda de 1958. Lui est banquier, elle est femme au foyer. Ils vivent dans un pavillon de banlieue, ont deux enfants, un poste de radio, et fréquentent leur voisin, un couple avec enfant aussi anodin qu'eux. Michel rapporte l'oseille à la maison. Hélène élève les gosses, fait les courses, prépare à manger, fait le ménage. Les enfants se taisent et quand ils l'ouvrent, ils prennent une correction. Tout semble donc absolument normal quand on est une famille française de la fin des années 50.
Un jour, Hélène a l'agréable surprise de gagner un lave-linge. Heureuse à l'idée d'avoir une tâche ménagère en moins et, accessoirement, un peu de temps pour elle, elle ne peut s'empêcher d'entrer en colère quand Michel lui annonce qu'il compte revendre l'appareil pour acheter un poste de télévision. Et tandis qu'ils se disputent, ne remarquant pas une fuite d'eau et un faux contact dans le branchement de la machine, ils finissent par s'électrocuter.
Le choc est violent, mais moins que celui qu'ils reçoivent quand ils reprennent leurs esprits. Que s'est-il passé exactement ? Ils n'en savent rien. Mais ils sont bien obligés de constater qu'autour d'eux le monde a changé. Ils vivent toujours au même endroit, ont toujours les mêmes deux enfants (qu'ils ont bien du mal à reconnaître), les mêmes voisins (avec une mentalité différente), mais en dehors de ça, la nouveauté a envahi leur domicile. Exit le poste de radio. A la place ils trouvent des écrans, des ordinateurs, des robots ménagers de toutes sortes qu'ils regardent comme une poule regarderait une fourchette à huîtres.
Mais déjà la vie reprend son cours et tout s'emballe. Hélène doit se rendre à son travail. Elle est banquière. Michel, lui, est homme au foyer !
Car leur nouvelle réalité se déroule en 2025. Le problème est qu'ils se souviennent parfaitement (ils semblent être les seuls, d'ailleurs) débarquer tout droit de 1958.
Autant dire que l'adaptation, si adaptation il doit y avoir, va s'avérer chaotique.
Agréable surprise et pourtant que ça commençait mal.
La période années 50 du début est tellement caricaturale que j'ai craint devoir me taper un beau film wokiste à la Julie Delpy.
J'ai pensé que la réalisatrice avait tellement eu peur que des spectateurs puissent trouver 1958 bien mieux que 2025 qu'elle avait chargé la mule à fond. D'autant qu'avec les évolutions du monde en général, les évolutions technologiques en particulier, les changements au niveau des mentalités et des mœurs, il n'y avait absolument pas besoin de caricaturer pour marquer le décalage entre les deux périodes. En jouant normalement 1958, l'effet se serait fait naturellement.
Heureusement, après ce départ raté qui dessert son film et son propos, Vinciane Millereau a réussi ce qui est pour moi un tour de force à l'heure de notre époque cinématographique : réaliser une comédie qui m'a fait rire !
Mais non ?
Si, si, je vous jure.
Je me suis marré comme un petit fou devant les réactions hallucinées de Didier Bourdon et d'Elsa Zylberstein (tous deux formidables) complètement dépassés par cette époque 2025 à laquelle, bien évidemment, ils ne comprennent rien, si ce n'est qu'ils sont tombés dans un monde de fous. Cela a le mérite d'être honnête car ça annule le parti pris du "c'est mieux maintenant" que je redoutais tant en voyant le début du film.
La réalisatrice sauve son propos en étant assez juste avec sa vision de l'époque actuelle qu'elle n'idéalise pas (même si on n'a aucun doute sur le fait qu'elle est bien contente de ne pas avoir vécu dans les années 50).
C'est vrai qu'on vit dans un monde de fous, que des repères sûrement nécessaires ont sauté alors qu'il aurait peut-être suffit de les alléger ou de les moderniser un peu.
Toutes les époques ont leurs bons et leurs mauvais côtés. Ce n'était pas mieux ou moins bien en 1958 que ça ne l'est maintenant. Je me suis parfois surpris, moi qui suis quelqu'un qui n'aime pas être pressé, qui a besoin d'aller à son propre rythme, souvent lent, et qui vit donc parfois très mal l'époque actuelle notamment aux niveaux des évolutions technologiques (le temps que j'apprenne à me servir d'un truc, il est en général déjà dépassé), je me suis parfois surpris, disais-je, à me reconnaître dans la perdition des personnages et leur refus de 2025, mais aussi à découvrir que j'aimais de nombreux côtés du présent en m'avouant à moi-même que c'est tout de même plutôt bien de vivre maintenant (par exemple, on ne peut pas nier que d'avoir perdu une certaine rigidité d'esprit, pour ne pas dire pire, sur l"éducation ou sur l'homosexualité, c'est tout de même fortement appréciable et un des grands bienfaits de notre époque).
Cela m'a fait aussi fait prendre conscience de quelque chose de très bête mais qui me touche particulièrement.
Pour diverses raisons, je suis souvent en colère contre le monde actuel (mentalités, façon de vivre, de penser, progrès, etc), et j'ai beaucoup plus l'impression de devoir subir l'époque que de la vivre.
Pleins de choses ne me conviennent pas. Il m'arrive de détester très fortement 2026 sans savoir pour autant à quelle autre période j'aurais apprécié vivre. Ou alors en me basant sur quelques particularités très précises. Vivre dans les années 60 pour découvrir les albums des Beatles au moment où ils sont sortis, d'accord. Vivre dans les années 60 tout court, pas sûr que ça m'aurait botté.
Bref, j'ai réalisé en voyant ce film que ce présent est le mien, et qu'il me faut l'accepter tel qu'il est, avec ses bons et ses mauvais côtés, avec ses avantages et ses inconvénients, avec des imperfections que personne ne m'empêche d'essayer d'améliorer.
C'est une réflexion simple comme une addition à un chiffre, mais ça m'a vraiment frappé, limite choqué. Comme quand on cherche un objet pendant des heures alors qu'on l'avait sous les yeux depuis le début.
Cela m'a fait du bien de comprendre ça. Alors, ajouté aux fous rires, j'estime que je n'ai pas perdu ma soirée. Bien au contraire.
En conclusion, je vous invite vivement à entreprendre le voyage que la réalisatrice Vinciane Millereau vous propose. Je ne vous vendrai pas la comédie du siècle (le nôtre donc), et sûrement que ce que j'ai ressenti en voyant ce film fait qu'il s'adressait plus à moi qu'à d'autres.
Néanmoins, c'est plus ou moins comme ça pour tous les films. Et c'est parce qu'on a été touché qu'on a envie de donner à d'autres l'envie de le voir.
Franchement, vous ne risquez pas grand chose à vous y aventurer. Au mieux vous serez aussi agréablement surpris que je l'ai été.
Et si jamais ce n'est pas le cas, dites-vous qu'un film c'est comme un autre espace temps dans lequel on n'est pas obligé de rester.