Captain Marvel : Vers l’infini et le déjà-vu

Vingt-et-unième film estampillé Marvel Studios, Captain Marvel a la lourde tâche d’être le dernier amuse bouche avant l’attendu Avengers : Endgame tout en étant le premier film du studio à avoir une femme en tête d’affiche. Alors que la concurrence avait déjà frappé avec Wonder Woman, que valent les aventures de Carol Danvers ?


Le luxe d’un studio qui bénéficie dorénavant d’une force de frappe cosmique, c’est qu’il peut se permettre des choses. Et des choses salvatrices en l’occurrence. Comme de dépoussiérer Hollywood de ses manies encore très moyenâgeuses. Ainsi, Black Panther est le premier film avec un super-héros noir en tête d’affiche (alors les mecs, on oublie Blade ?) mais pas que. Dans toute sa conception : réal’, postes techniques, casting, jamais un film à 200 patates n’avait autant sonné aussi afro-américain. Même si le but recherché par Marvel et Kevin Feige reste le sacro saint billet vert à outrance, l’entreprise est aussi louable que salvatrice.
Suite au mouvement #metoo et à l’affaire Weinstein, il était plus que temps que la femme retrouve une vraie place à Hollywood, à commencer par le devant de l’affiche. Et à ce petit jeu, Marvel s’est fait grillé la priorité par DC et Wonder Woman (aussi réalisé par une femme). Alors Scarlett Johansson direz-vous. Oui, ici et là, en blonde ou en rousse, en combi moulante ou hyper moulante, mais toujours au second plan. Pas de panique, l’oscarisée Brie Larson arrive à la rescousse.


L’actrice de Room campe Vers, une guerrière Kree, une race extra-terrestre particulièrement évoluée. Les Kree sont en guerre contre les Skrulls, des métamorphes particulièrement doués qui ressemblent à James Marsters dans Dragon Ball Evolution. Un conflit qui mènera Vers sur Terre où elle va remonter le fil de ses souvenirs et de ses origines au beau milieu des 90’s. Le tout avec un Nick Fury qui a encore ses deux yeux.


Captain Marvel est un Marvel majeur puisqu’il précède Avengers : Endgame. Et on nous fait vite comprendre que si quelqu’un peut botter le cul de Thanos, ce sera bien Carol Danvers. Reste que Captain Marvel est aussi un Marvel mineur pour une simple et bonne raison : il précède Avengers : Endgame. Comme bien d’autres avant lui, ce nouveau Marvel, s’il se veut avant tout comme une nouvelle origin-story, est aussi malgré lui un pur film de transition. Heureusement, le choix d’une narration un peu éclatée, histoire de reconstituer en douceur le passé de Danvers relève de la bonne idée. De quoi laisser le spectateur se faire cueillir par un twist en milieu de film. Avec un peu plus de 2h au compteur, le film compte peu de longueur et est plutôt bien rythmé. Comme tout film Marvel, dire que l’on s’ennuie relèverait de la mauvaise foi. En revanche, on ne peut pas dire que le spectacle proposé soit surprenant ou même transcendant.


Esprit des 90’s oblige, une bonne partie du film repose sur l’aspect buddy-movie proposé entre Nick Fury et Carol Danvers. Une réussite, tout comme le travail de rajeunissement opéré sur Samuel L. Jackson qu’on croirait tout droit sorti du Négociateur ou d’Une journée en enfer. Pour le reste, Captain Marvel est plein de bonnes attentions qu’il ne parvient jamais vraiment à concrétiser. Tout d’abord par la mise en scène. Avec un matériau qui permet de s’autoriser quelques fulgurances, la réalisation proposée par Anna Boden et Ryan Fleck est plate au possible, alignant les banals champ / contre champ. Si le choix de certaines musiques (Garbage power) fait mouche, la BO de Pinar Toprak est elle anecdotique. Niveau scénario, on nous ressert la même soupe que dans plusieurs autres films du studio : à savoir un héros qui découvre que son autorité directe n’est pas aussi honorable qu’il le pense. Ressort déjà servit dans Le Soldat de l’hiver, Les Gardiens de la Galaxie 2 ou encore Doctor Strange. On passera aussi sur l’humour qui en fait trop, comme la surexploitation du chat Goose (Top Gun vibes ?) en running gag qui en fait trop.


Mais là où le bât blesse le plus, c’est avec le personnage de Captain Marvel lui-même. Souci d’écriture, de direction d’acteurs ou de Brie Larson elle-même, on ne sait pas. Mais quelque chose cloche. Le menton toujours droit, l’air d’avoir un balais enfoncé là où on pense pendant 2h, Carol Danvers ne suscite pas grand-chose chez le spectateur, à commencer par de l’empathie. Sans compter qu’on présente vite, trop même, que nous sommes face à une super-héroïne tout bonnement indestructible. À aucun moment on tremble pour elle puisque rien ne semble pouvoir l’atteindre. Une supergirl sans kryptonite qui emmène le spectateur dans l’un des troisièmes actes les plus pauvres du MCU. On y voit Captain Marvel salué un Lee Pace de retour en Ronan dans trois plans, détruire un vaisseau sous ses yeux et… C’est à peu près tout. Et ce n’est pas un Jude Law à côté de ses pompes qui relèvera le niveau, trop impressionné par son nouveau tour de biceps. Fort dommage, car à l’image de sa première scène post-générique, Captain Marvel donne trop vite l’impression de ne se résumer à cette seule séquence : présenter au public celle qui viendra rééquilibrer la balance dans Avengers : Endgame.


Ticket ou Télé ? Ticket, si vous voulez vous mettre à jour pour Avengers : Endgame. Mais c’est tout. Sinon vous pouvez attendre qu’il passe sur Canal un soir de semaine.
Comme la plupart des derniers Marvel, Captain de ce même nom se déguste comme un McDo. On aime bien sur le moment puis on l’oublie très vite en attendant le prochain. Si le film assure le spectacle en possédant des qualités indéniables, il tombe vite dans des travers qui viennent plomber l’ensemble. La première vraie super-héroïne du MCU fait plus office d’entrée en attendant le véritable plat de résistance. Une copie à corriger pour un personnage appelé à devenir majeur dans la future phase IV du plan cosmique marvélien.


Note : 2/5


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le 18 mars 2019

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Valentin Pimare

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