J’ai longtemps cru qu’il était impossible d’importer chez nous les principes immuables qui firent les beaux jours des films des studios Ealing et que nos Français trop cartésiens ne sauraient jamais doser l’absurde nécessaire à de tels récits.
Le principe est simple, partir d’un point de départ incongru et le pousser logiquement et très sérieusement jusqu’à la folie furieuse.
Avec Carambolages, je me rends compte qu’un homme a essayé de se lancer dans le système, avec sa troupe de comédiens, deux trois potes et un bout de ficelle.
L’homme en question, c’est Pierre Tchernia, vous savez, le pote de Goscinny qu’Uderzo caricature dans un album d’Astérix sur deux dans les positions les plus interlopes…
Et bien, Pierre Tchernia, quand il touche au cinoche, il fait une sorte de mélange entre les studios Ealing, la bande-dessinée et l’esprit franchouillard, c’est bizarre, pas toujours digeste mais parfois franchement hilarant, comme lorsqu’il propose un voyage de vingt-et-un jours de rêve en Russie par exemple ou quand Michel Serrault explique les raisons de son mariage…
Alors, Pierre, ici, il scénarise, il fait même une apparition à la fin, comme Alain Delon mais on reconnait sa patte partout, celle du réalisateur des Gaspards, du Viager… C’est l’histoire de Brialy qui a besoin d’argent pour pouvoir emprunter en vue d’un mariage abominable avec la fille de son chef et pour entretenir sa maîtresse de secrétaire, il travaille dans une boîte assez extra, un mélange entre celle de la Garçonnière et l’entreprise de Gremlins 2, un délice, surtout que Louis de Funès trône sans pitié au dernier étage…
Partant du même postulat que Noblesse Oblige, le scénario entraîne notre héros à rêver aux étages supérieurs sans trop s’inquiéter de la manière d’y parvenir, c’est souvent jubilatoire, parfois maladroit et brouillon mais bougrement sympathique.
Le problème c’est qu’au-delà d’une histoire aussi originale que rafraîchissante, le film montre aussi toute la différence de métier qu’il existe entre les studios Ealing et les productions Alain Poiré, un manque de rythme, une incapacité à tenir le pince-sans-rire jusqu’au bout (les britons, eux, ils naissent avec ou bien on le leur fait rentrer dans le fondement avec leur parapluie, du coup, ils maîtrisent bien le truc…), une trop grande facilité dans le gag, un boulot de branquignole en quelque sorte…
Mais quand même, une vision de l’entreprise qui préfigure à la fois Verhoeven et Joe Dante en France en 1963, franchement, ça vaut le coup d’œil…